Un road trip avec mam et tia

Deux semaines de pur bonheur : ça aurait pu être le titre de l’article. Mais il y en a eu d’autres – des semaines de PB – alors qu’un road trip avec ma mère et ma tante Elisabeth dans l’Ouest américain, avouez que ça mérite d’être un titre.

Elles sont arrivées à Denver, les sœurs Amiet, chargées de tout ce que je leur avais dit d’apporter : tente, sac de couchage, matelas auto-gonflant, oreiller gonflant, thermos japonais, thermos à thé, pas de nourriture, un short, un anorak, du savon bio pour si on se lave dans la rivière, du thé Pleine lune ou Marco Polo et un kilo de maté (entre autres).

Devant le Canyon de Chelly, Nation Navajo, Arizona

Andrés et moi avions envie de présenter Gregg – notre ami pasteur dont j’ai déjà parlé ici – à Henriette et Elisabeth, donc nous sommes retournés chez lui, à Dove Creek. Cette fois, nous avons partagé l’hospitalité de Gregg avec un couple de missionnaires (pour l’Assemblée de Dieu). Mike et Sonia viennent de renter du Venezuela, qu’ils ont dû quitter à cause des troubles qui secouent le pays depuis plus d’un an et de l’insécurité croissance, en particulier pour les Étasuniens. Ils profitent de leur retour forcé pour lever des fonds au profit de leur Église qui leur versera de quoi mener à bien leur future mission dans l’Amazonie péruvienne. Là, ils s’occuperont en premier lieu de former des Péruviens à l’évangélisation, car ils ne veulent pas apporter directement aux impies les paroles qu’ils enseigneront.

Sonia nous a raconté sa rencontre avec Mike, quand ils étaient tous deux militaires en Corée du Sud en précisant qu’à l’époque, ils n’étaient pas chrétiens. À leur retour aux États-Unis, Sonia a suivi des cours dans une fac de droit « very liberal » : les droits des homosexuels étaient défendus avec verve, et tout à l’avenant… Insupportable. Ces manières l’ont vraiment ennervée, une porte innocente l’a bien compris le jour où Sonia a lâché sa colère dessus (il faut mieux s’exciter sur une porte que sur un couple homo). Elle avait besoin d’une Église, et elle a appelé la sœur de Mike qui venait de passer de la catholique à l’Assemblée de Dieu. Elles sont allées ensemble à l’église et voilà, Sonia s’est sentie mieux, écoutée et soulagée. Elle y a entraîné Mike, qui est devenu pasteur en quelques mois.

Quand la conversation a glissé sur les Catholiques aux États-Unis, un d’entre nous a employé à tord le mot anglais liberal (pour signifier ouvert) à propos du Pape François. La phrase sonnait à peu près comme ça : « We’re lucky with our Pope. He is very liberal. » Et là, Gregg, Mike et Sonia nous ont regardés, incrédules. Quelques minutes plus tôt, Sonia venait de dire que sa fac (very liberal) l’avait rendue littéralement malade ! Ah, chers faux-amis… vous ne nous facilitez pas les relations ! Après cette bourde, nous ne nous sommes pas attardés autour de la table.

Groupe de Amishs – Grand Canyon

Puis nous avons repris le volant pour sillonner l’Arizona. Retour à Monument Valley ; découverte du Grand Canyon. Au retour de celui-ci, nous avons passés 4 jours dans la réserve Najavo. C’était le 7 mai… Vers midi, nous n’avons qu’une chose en tête : trouver une connexion Internet pour connaître le résultat des élections. Nous parvenons à nous connecter dans un Burger King : ouf, c’est Macron ! À côté de nous, d’autres Français commentent aussi, smart phones en main, le résultat. Je m’approche, tout sourire… et j’entends : « Et bien, ça ne donne pas envie de rentrer en France ! », « Ouais, je crois qu’on va rester aux États-Unis… »

L’arrêt suivant, c’est chez Mc Donald. Andrés et moi avons fini par céder aux supplications des sœurs Amiet de s’arrêter manger des Big Mac. Quand nous sommes arrivés dans le Mc Do de Tuba City, il était à peu près 22h en France, et sur les TV du restaurant, la chaîne CNN montrait des images du Louvre inondé de monde, des pyramides illuminées, ce qui a ému Elisabeth jusqu’ aux larmes. Les clients nous regardaient, nous et nos nez en l’air fixés sur l’écran, et se mettaient à leur tour à regarder la télé, se demandant ce qu’il y avait de si important. « Ah, les élections en France. » Et ils retournaient à leurs frittes.

Homme Navajo – Mc Do de Tuba City

Ado passionné par CNN

Nous avons découvert une perle : le Canyon de Chelly (toujours chez les Navajo, en Arizona). Ce qui m’a plu, c’est qu’au fond du canyon vivent toujours des familles, raison pour laquelle les visiteurs ne sont pas invités à descendre. On contemple le canyon d’en haut et l’on voit la rivière bordée d’arbres, des champs cultivés, des maisons rondes et des pistes de sable. Nous avons dormi deux nuits sous la tente non loin, et lors d’une balade du soir, nous avons vu des enfants rentrer des vaches. Ils parlaient navajo. Cette scène aurait pu se passer en Colombie ou ailleurs en Amérique latine.

Un des sujets de conversation qui revient souvent dans le Colorado, c’est le pot, le cannabis. Ici, c’est légal pour usages médicinal et récréatif depuis 2014. Nous avons tous les quatre envie de savoir à quoi ressemblent un « dispensaire » : nous poussons la porte de celui de Durango. À peine à l’intérieur, un type mega high nous demande nos cartes d’identité. Qui dit carte d’identité dit carte d’identité donc nous, les trois Françaises, nous lui tendons nos cartes d’identité. Il bloque, retourne les cartes dans tous les sens, nous demandant où est écrit le nom (prend-il  »nom » pour notre lieu de naissance ?) et finalement une de nous l’aide en lui tendant son passeport – plus simple. Puis nous passons à côté : ça ressemble à une pharmacie, avec des vitrines en verre, des murs blancs avec des posters et des étagères avec des étiquettes. Nous voulons acheter un joint, un simple joint mais nous découverons que nous avons à choisir entre de nombreux produits. Nous nous nous faisons expliquer les variations par un vendeur non perché. Il met notre produit dans un panier, le caissier regarde nos passeport ( les quatre !), nous payons 8 dollars pour notre pétard et nous sortons, contents d’être dehors.

A Central City, devant un dispensaire

En campant, nous rencontrons d’autres campeurs, comme Andrew, chef cuisto. Il nous raconte qu’il a essayé tout type de cuisine et que ce qui compte, ce n’est pas de servir des pâtes au pesto ou du ceviche, c’est de servir tout court. Il a pas mal cherché, Andrew, sa place, il a pas mal prié, aussi, et servir, nourrir, c’est la mission que Dieu lui a donnée.  (Notez comme on revient souvent à la religion dans ce pays, comme le sujet est décontracté).

« Vous fumez ? » Oui, justement, nous venons d’acheter un joint. Donc on y va… quelques minutes plus tard, je prends le bras d’Andrés : « Tu te sens comment ? Moi ça tourne pas mal. » Aïe aïe, je ne vois plus la ligne d’horizon, tout est brouillé devant moi. Ce qui me fait le plus peur c’est qu’Andrew me pose une question et que je doive y répondre, parce que je sens que je vais dire des bêtises, ou pas pouvoir parler, ou parler en tremblant. Je ne contrôle plus rien et ce n’est pas agréable du tout. Je m’accroche à Andrés et lui demande de me conduire à la tente. Je ne suis pas très sure de mon équilibre. Je me couche la tête dans une machine à laver.

La légalisation, c’est un fait. De plus en plus d’États passent la loi. Eh, ça rapporte gros : au Colorado, les taxes sur le cannabis ont permis de faire plus que tripler le budget de l’État ! Le problème est que ce n’est pas légal au niveau fédéral, ce qui empêche de profondes recherches sur les effets. L’information et/ou la communication de l’information manquent. J’ai feuilleté des prospectus, qui renseignent (sur les différents types de cannabis, les produits, les bienfaits, les lieux où consommer…), mais je n’ai trouvé nulle part des lignes sur tous les effets et sur les réactions non désirables (désagréables) comme celle que j’ai eue. Cela-dit, la diminution du marché noir, des produits de meilleure qualité, le cannabis bio, tout ça c’est très bien… Pour nous qui passons d’un État à un l’autre assez fréquemment, c’est étrange de se dire qu’avoir un joint dans sa poche est légal ici et peut nous envoyer en prison là-bas.

Voilà, ce furent deux semaines harmonieuses, sans nuages, que nous avons bouclées dans le chalet de Ben (dont j’ai également déjà parlé), un lieu idéal pour se dire au revoir en douceur. C’était si bien d’être en famille. La dernière fois que mam et moi nous sommes vues, c’était en Arménie il y a un plus d’un an, mais l’amour si fort qui nous unit nous a permis de se sentir bien cette année, même séparées. Quant à ma tante Elisabeth que j’appelle tia (« ah bon ? »), quelle joie d’être avec toi ! Je t’ai bien retrouvée – toi et tes cigares qu’elle fume debout, ou du moins un bouquin à la main ; toi et ton trio fétiche : kéfir, thé noir, pommes ; toi et ta culture surprenante (combien de fois me suis-je dit : mais elle connaît tout !). Et Andrés, qui parle mieux français que jamais s’est infiltré dans notre trio, et nous, les trois filles, nous n’avons pas fait bande à part car nous étions heureuses de former avec lui un si bon quatuor.

Matheson Hill (entre Simla et Limon), CO
19 mai 2017

Publié dans Etats-Unis, Sur la route, Un instant | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Un peu foufou ce voyage !

« Mais ! On ne fait pas le tour du monde comme ça ! »
Je répondrais bien : « Il n’y a que les idiots qui ne changent jamais de voyage ».

En fait, je veux bien l’admettre, notre voyage est un peu foufou ! Du moins, en ce moment. Depuis l’histoire du sacré Ranger, souvenez-vous, il y a eu des nuits magnifiques, pleines d’étoiles, des nuits à rester dehors toute la nuit si nous avions pu ignorer le froid polaire et pénétrant. Ce qui n’a pas été pas le cas. En revanche, grâce à ces températures pas très amicales, nous avons dormi dans une roulotte, dans un van qui nous servait aussi de van (je raconterai ça plus tard), dans une cabin au fond du jardin du pasteur, dans une maison de luxe à Bermuda Dunes, CA, dans le parc national Canyonlands, sur le parking du parc Navajo Monument Valley, dans le village minier familièrement nommé Jerome, dans un studio prêté par des mormons, dans un manège (pour rodéos), dans un kiosque en bois en face d’un terrain de sport (kiosque vide dans lequel il se vend les jours de jeu des hot-dogs, des chips, des sodas et des hamburgers à 1 dollar pièce – l’affiche faisant foi – ce qui ne le rendait que plus vide encore) et dans le palais de bois dans lequel nous sommes à présent, à 2800 mètres en l’air, dans des lits qui je crois s’appellent « king size plus plus ». Et sous la tente ? Et bien pas tellement. Pas le temps ! Donc donc, vous vous demandez : « Mais qu’est-ce que c’est que ce voyage ?! » et je réponds : « Je n’en sais rien, mais en tous cas ça se passe très bien ! »

Savez-vous que j’ai revu ma famille, début avril ? Un cousin bien aimé se mariait dans le sud de la Californie et c’était l’occasion de revoir ma tribu. Puisque nous nous trouvions, avant la noce, dans le Colorado, nous étions trop loin pour une arrivée en fanfare à vélo – ce qui m’aurait bien plu ! Nous avons laissé nos bicyclettes chez le reverend Gregg qui nous a prêté en échange son van, et nous nous sommes mis en route à l’américaine, c’est-à-dire en faisant l’équivalent de Paris – Rome d’une traite parce qu’il n’y a rien entre les deux. En l’occurrence, entre Dove Creek et Coachella Valley, il y avait des choses à voir, mais entre elles : nothing. Donc balades dans Monument valley, balade à Jerome et à part ça : ligne droite.

La fiesta qui nous attendait n’a pas déplu à Andrés qui n’a pas pu lâcher son appareil de tout le week-end, sauf le soir venu parce qu’il n’avait pas de flash. Alors, il a été obligé de danser avec moi et mes cousines, le pauvre. Je ne dis rien d’autre, parce que je sais que vous êtes capables d’imaginer ce que ça fait de revoir ses cousins et oncles et tantes chéris après si longtemps et dans un contexte aussi surreal.

Puis nous sommes revenus chez Gregg, qui nous a gardés parce que je devais travailler sur des traductions. Cet arrêt a été l’occasion de fêter Pâques avec lui et son Église : the Assembly of God. Ça m’a rappelé mon été 2006, à New York : trois mois durant, j’avais entrepris de visiter une église par dimanche. Ça m’avait donné un bon aperçu des différents styles et croyances, mais je n’avais pas trop distingué les Born again, ces chrétiens nouvellement convertis. Gregg est l’un d’entre eux : athée dur comme fer il y a 7 ans, il est aujourd’hui pasteur de son Église et un des personnages les plus importants de sa petite ville. Nous nous sommes remis aux bénédicités et nous avons réappris à nous émerveiller devant la nature avec Gregg qui souligne toujours la vue d’un oiseau ou d’une fleur sauvage d’un joyeux Thank you Lord!

Gregg vit avec ses deux chiens que j’ai bien aimés, et en échange de son hospitalité, nous avons cuisiné tous les midis et tous les soirs des plats préparés avec amour, moult légumes et toutes les casseroles, poêles, écumoires, cuillers, louches, couteaux fins, longs, tranchants, économes, tables en bois, plats en verre, plats en porcelaine, plats en faïence, plats petits, plats plus grands et avec tous les saladiers possibles ; avec toutes les épices, les huiles, les aromates, les sels et tous les poivres possibles ; avec le four, les plaques électriques, le grill, le micro-ondes ; avec les deux fenêtres ouvertes, avec la radio argentine et en nous étalant jusqu’à chaque coin de la cuisine de Gregg, oui, c’est cela : nous l’avons faite nôtre. Nous réalisions que nous avons cuisiné pendant deux ans avec 1 casserole, 1 réchaud et 1 set de couverts par personne (incomplet en ce qui concerne le mien). Après chaque festin, une tornade de ménage faisait valser les plats et les couverts et la cuisine retrouvait son état de top model jusqu’au repas suivant.

Il est tentant de raconter comment nous sommes arrivés dans ce chalet à 3 100 mètres et à 75 km de Denver. L’histoire est simple : dans l’Utah, nous avons croisé à deux reprises un cycliste et la deuxième fois, il s’est gentiment calé sur notre rythme, ce qui a dû être dur parce qu’il pouvait aller vachement vite sur son vélo carbone de 7 kg et qu’il avait prévu de faire 160 km ce jour-là. Donc, Benjamin s’est mis à notre rythme et nous avons fait la montée entre Boulder et Torrey ensemble, c’est-à-dire deux bonnes heures de grimpette. Entre mille autres sujets, il nous a dit qu’il venait de déménager et que son ancienne maison est en vente, donc inoccupée et que si nous voulions… Vous avez compris, puisque c’est là où nous sommes en attendant ma mère et ma tante qui arrivent dimanche soir pour deux semaines.

Chez Ben – Clem en train de blogger

Que me reste-t-il à raconter de ma fameuse liste ? Ah oui, le coup des nuits dans le van. Quand nous sommes allés en Californie avec le van de Gregg, celui-ci nous a dit de ne pas hésiter à nous en servir comme lit. Nous en avons fait l’expérience sur le parking du parc Monument Valley. Et bien Andrés y a pris goût (moi non). Toutes les nuits suivantes jusqu’à notre retour à Dove Creek, Andrés était ravi de dormir à l’arrière du van, et moi d’être seule sous la tente – ce qui est un luxe immense, je vous l’assure !

Je ne compte pas vous ennuyer plus longtemps, vous redire comme l’Utah, c’est beau. Nous avons découvert in extremis Canyonlands National Park et Mesa Verde National Park, et de façon plus organisée Arches National Park et… je laisse à Andrés le soin de raconter en images :

Dans les Rocheuses, Colorado
27 avril 2017

Publié dans Etats-Unis, Sur la route, Voyage à vélo | Tagué , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire

Ah, sacré Ranger !

Ah, sacré ranger !

Ça faisait longtemps qu’on ne nous avait pas donné une bonne leçon ! Quand le Park Ranger nous a ordonné, à neuf heures et demie du soir, de lever le camp et que ça saute, je me suis demandé si en cette circonstance, il fallait aussi lever les mains en l’air. Je ne l’ai pas fait, mais je me suis posé une autre question : est-ce que ce Park ranger, diaboliquement beau et sacrément autoritaire, a appris son rôle en regardant des séries ou est-ce que toute personne ayant un peu de pouvoir serait tentée d’en abuser – et en abuserait ?

Vous vous demandez quel est le fin mot de l’histoire. Le voilà : si nous pensons que parce que nous sommes à vélo depuis longtemps, nous pouvons contourner les règles et bénéficier d’un traitement de faveur, nous avons tort. Cette mésaventure nous a rappelé que nous sommes trop habitués à être bien reçus par des personnes qui sont contentes que nous soyons là, qui apprécient notre compagnie, qui, de surcroît, insistent pour nous aider d’une façon ou d’une autre et que nous ne recevrions pas un tel accueil si nous n’étions pas à vélo. Ce soir là, dans Zion National Park, nous n’avons pas été très malins en plantant la tente sur une aire de pique-nique et non au camping du parc, parce que c’était plus beau et que nous étions au départ d’une rando que nous voulions faire le lendemain à l’aube. Il n’y avait pas de raison que nous puissions camper là alors que les autres visiteurs aimeraient aussi camper là, mais ne le font pas, parce que c’est interdit.

Nous avons démonté la tente, plié nos affaires et sommes repartis dans le noir sous les étoiles, éclairés par nos lampes torches que nous n’utilisons jamais quand nous roulons, parce que cela voudrait dire que nous roulons de nuit, à l’exception des tunnels mal éclairés (comme ceux du Monténégro qui sont carrément pas éclairés du tout). À un moment, Andrés me dit : « Clem, éteins ta lampe » et j’ai cru qu’il était fou, mais j’ai éteint ma lampe et j’ai très bien vu (« Les yeux s’habituent à l’obscurité », m’a répété ma mère toute mon enfance, au cours des balades digestives et nocturnes) et c’était superbe : nous descendions dans le lit du canyon, entre les rochers immenses, ocres, jaune pâle, bleu et gris. Pour ça, pour cette descente sous les étoiles, nous n’avons pas pesté contre le Ranger.

* * *

Ce que je voulais également raconter, c’est que j’ai découvert ici la relation entre l’immense et imposante église devant laquelle souvent je passais quand j’habitais à Fortaleza (Brésil) et que je prenais pour le siège d’une multinationale, dont la gigantesque inscription disait Igreja de Jesus Cristo dos Santos dos Últimos Dias et toutes les églises que l’on voit dans le moindre village de l’Utah et dont les membres s’appellent Mormons. Il s’agit de la même Church of Jesus Christ of the Latter-day Saints.

Pour mieux voir ce dont je parle, pourquoi n’iriez-vous pas voir sur Internet des photos du Temple de Saint George, dans l’Utah. Essayez de trouver des photos de la salle des mariages (Sealing room), de la salle des baptêmes, de celle des enseignements (Ordinance room) et de celle qui est « à l’image du Paradis » (Celestial room). Digne d’un palais d’émir. Nous n’avons pas pu entrer dans le Temple parce que l’entrée est reservée aux membres, mais nous avons reçu en cadeau notre premier Book of Mormon. Peut-être parce que nous n’en avons pas fait bon usage, le destin a mis sur notre chemin un deuxième Book of Mormon ! Un soir, nous avons trouvé devant notre tente, au retour d’une petite balade post-vélo pré-dîner, un exemplaire du livre et cette fois, nous l’avons lu – enfin, parcouru – parce que la dédicace disait : « Lisez ce livre. C’est la vérité. Nous avons souligné des passages pour vous. » Et donc nous l’avons parcouru, en pensant à l’homme du Temple de Saint George qui nous avait dit que ce qu’il y a dedans, contrairement à la Bible qui parle de temps anciens et révolus, ce ne sont que des sujets qui nous touchent, ici et maintenant. Mais je n’ai pas bien vu en quoi. Nous n’avons plus le livre sous la main, j’attends un troisième exemplaire pour approfondir le sujet…

IMG_1073

* * *

Après avoir mis en ligne les dernières nouvelles (nous étions à Salinas, en Californie), nous avons fait quelque chose que nous n’avions encore jamais fait : nous avons loué une voiture. Nous avons mis 48 heures pour arriver à Saint George, dans l’Utah, en passant par la Vallée de la Mort, Las Vegas et le lac Mear. Après le bateau et le train (Kazakhstan, Chine), l’arrière de camions (Chine) et dernièrement l’avion, nous additionnons une autre infidélité à nos vélos. Mais pourquoi ??

IMG_0951

Notre nouveau mode de transport ?

Parce qu’en voiture on va plus vite ????

IMG_1081-Editar

Entrée dans l’Utah

En Californie, une grande partie de la belle route qui longe le Pacifique entre San Francisco et Los Angeles était fermée, nous poussant vers l’intérieur de l’État. Mais là, la route à travers le Parc national de Sequoia était également fermée pour l’hiver. Ça devenait vexant ! Pour aller à Las Vegas en passant par Death Valley que nous ne voulions pas rater, après avoir renoncé au Parc Yosemite, à la route du Pacifique et aux sequoias, il nous fallait faire un ridicule W (descendre vers le sud-est, remonter nord-est, redescendre sud-est et remonter) sur des routes trop longues et trop droites. Vous comprenez bien que la voiture s’impose ! Sans regrets… Nous avons passé 48 heures géniales, sans avoir à se préoccuper des réserves d’eau et de nourriture parce qu’en voiture, on n’est jamais loin du prochain supermarché, parce qu’en voiture, on n’a pas de subite fringale et qu’on ne boit pas comme des chameaux ; sans se préoccuper du poids des-dites réserves parce que cette fois, le poids des sacs n’affecte ni notre vitesse ni nos réserves d’énergie.

Tout était beau, tout était bien mais nous nous rendions compte que nous croquions à un fruit dangereux : le danger étant de trop s’habituer à ce confort et de le regretter une fois remontés sur nos vélos. Et nous nous trouvons maintenant, en plein sud de l’Utah, à pédaler à travers de superbes paysages, à passer de parc national (Zion) en parc national (Bryce canyon puis bientôt Arches), mais physiquement fatigués. Il m’arrive d’entendre Andrés dire à des Américains qui lui posent des questions qu’il a envie de jeter son vélo par dessus bord !

* * *

Certains seront surpris de ne pas lire « Andrés et moi nous sommes séparés pendant dix jours », parce qu’effectivement, le sujet était sur le tapis depuis plusieurs semaines. Déjà au Japon, j’avais annoncé à Andrés que quand nous serons en Californie, j’aimerais renouveler l’expérience déjà faite en Corée et au Japon. Nous avons acheté à San Francisco une nouvelle tente, l’ancienne devenant une trop vieille dame, et avoir deux tentes nous offrait la possibilité de partir chacun de son côté, chacun avec une tente. Mais les jours ont passé et nous avons continué de parler de séparation au futur – un futur lointain – puis peu à peu nous sommes passés au conditionnel. Et j’ai finalement reconnu que je n’avais plus envie d’être séparée d’Andrés. Mine de rien, nous nous entendons bien, nous rions et nous amusons beaucoup, entre autres, et c’est pas si mal de voyager comme ça. Alors j’ai laissé la vieille tente et mon envie d’être seule et nous avons continué de rouler ensemble. Et c’est bon d’être ensemble alors que nous aurions pu être séparés…

IMG_1124

Escalante, Utah
18 mars 2017

Texte : Clem
Photos : Andrés

IMG_0954

Matin – Death valley

IMG_0960

Les dunes – Death Valley

IMG_0966

Dunes

IMG_0981-Editar

Dunes

IMG_0983

Un photographe

IMG_0992

Vallée de la mort

IMG_1006

Vallée de la mort : Zabriskie point

IMG_1010

Vallée de la mort : Zabriskie point

IMG_1016

Vallée de la mort : Zabriskie point

IMG_1035

Lake Mear recreational Area

IMG_1093

Vers Zion National Park

IMG_1112

Vers Zion National Park

IMG_1114

Vers Zion National Park

IMG_1127

Vers Zion National Park

IMG_1136

Vers Zion National Park

IMG_1140

Camping dans le backyard de Jim et Carol

IMG_1142

Je vosu présente notre nouvelle tente

IMG_1153

Andrés les deux pieds dans l’eau

IMG_1166

Avec Jim et Carol

IMG_1183

Zion

IMG_1242

Zion

IMG_1252

Allan, fan d’avions miniatures

Publié dans Etats-Unis, Sur la route, Un instant, Voyage à vélo | Tagué , , , , , , , , , | 6 commentaires

Some gentle people there

If you’re going to San Francisco
Be sure to wear some flowers in your hair
If you’re going to San Francisco
You’re gonna meet some gentle people there

Il paraît que ce n’était pas une bonne idée de descendre à 16th Street Mission. « Eh bé, vous avez visé juste, vous ! » C’est de l’humour, mais je ne vois pas pourquoi. Pour moi, nous sommes arrivés en plein dans le mile. L’arrêt du train (du BART) qui est à l’angle de la 16° rue et de Mission Street est un repère de zonards au dessus duquel flotte une étonnante odeur de cannabis, alors on pourrait avoir envie de quitter le quartier le plus vite possible, mais quand on arrive du Japon, on a plutôt envie de regarder les murals et les salons de coiffure mexicains, de suivre des yeux les mecs qui portent leur pantalon en dessous des genoux, de rentrer dans La Princesa Market – Productos de Central América y de México et de manger une mangue. Dans notre cas, c’était vite vu : nous devions rester quelques heures là, au cœur de ce carrefour multi-genre multi-colore, pour remonter nos vélos qui étaient toujours dans leurs boites. Quand l’avion de Shanghai (après le vol Tokyo-Shanghai) nous a déposés, nous et nos 100 kg de bagages, sur le sol américain, ce n’était pas la fin du voyage : il fallait remettre sur roues nos bicyclettes, une belle affaire puisque nous avions dévissé jusqu’à la dernière visse pour réduire au strict minimum nos montures. Mais d’ailleurs, j’ai bien aimé disséquer mon vélo, connaître la moindre de ses articulation. Je me suis dit que si j’avais fait ça au début du voyage, j’aurais pu faire beaucoup plus de réparations moi-même, au lieu d’en confier à Andrés le soin. Je conseille donc quiconque souhaite se lancer dans un long voyage à vélo, de démonter et remonter son vélo avant de partir, afin de le connaître comme sa poche.

Puis il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : nous avons plus parlé en dix jours qu’en sept mois en Chine, Corée et Japon !

D’abord avec Jean et Magnus, deux aficionados du vélos, qui nous ont hébergés chez eux. Jean développe une app qui vous permettra d’interroger à distance l’état de la gamelle de votre chat. A-t-il terminé son pâté ? Lui reste-t-il assez d’eau ? À quelle heure a-t-il dîné ? Tout ça sur votre téléphone, à consulter debout dans le tram ou assis à votre bureau.

Puis avec Maria et Alejandro, deux ingénieurs-programmeurs qui travaillent chez Google, dans la Silicon Valley voisine. Nous passons trois soirs avec eux. Nous bavons devant leurs conditions de travail (à cause des caféts et food trucks à volonté et des piscines, terrains de volley, de foot, de basket…) mais ce qui me surprend le plus après avoir écouté l’histoire de Maria, c’est de faire la connaissance de trois de ses amis qui ont presque EXACTEMENT la même trajectoire qu’elle. Je raconte celle de Maria ici, mais vous pouvez prendre ça comme un cas d’école. Elle est née en Ukraine à peu près au même moment que moi (là, ses copains sont nés un peu avant ou un peu après, en Biélorussie, Russie ou Azerbaïdjan) ; quand ça a été possible (= en 1991), ses parents n’ont pas attendu une minute de plus pour partir en Israël, et de là émigrer au Canada. Tous les deux sont informaticiens (les parents des copains ont également des professions appréciées par les pays qui encouragent l’immigration), ce qui a aidé pour l’obtention de papiers, mais ne leur a pas épargné la difficulté d’un nouveau départ sur une terre étrangère dont ils ne parlaient pas la langue. Maria est devenue informaticienne comme eux, elle a fait des stages dans le monde entier, elle parle 5 langues et elle n’arrête pas de dire que tout ce qui se passe chez Google est boring !

IMG_0681

Andrés, Maria, Alejandro et Clem dans Presidio Park (SFO)

Puis avec Mary et Brock et leur fils Jesse, non plus à San Francisco-même mais un peu au nord, dans le Marin county. C’est là que j’avais passé l’été 2000. C’est là que j’ai retrouvé de vieux amis et connaissances (17 ans !!!), notamment la professeur de français qui m’avait mise en relation avec deux familles américaines, chez qui j’avais passé deux étés. Elle m’a dit qu’après un de mes séjours en Californie, je lui avais écrit une lettre si formelle (et « mignonne ») qu’elle s’en était servi comme modèle pour ses élèves, qui devaient copier mon style ! Mary est une amie d’une amie et c’est avec elle que j’ai le plus profondément parlé. Tout a commencé quand, alors qu’elle avait prévu de nous emmener quelque part en voiture, je lui ai dit la veille de l’excursion que je préférais rester à la maison. Elle a trouvé ça sympa de ma part de lui dire ce dont j’avais envie, en vrai. Au lieu de la balade, Mary m’a montré ses art books, véritables journaux intimes au pinceau et son atelier où elle peint les vagues et la mer qu’elle voit quand elle surfe. J’avais envie de rester plus longtemps.

Je passe sur le séjour chez Cindy, une autre cycliste, et les retrouvailles avec Alex, un vieux copain de l’an 2000. Je passe sur tous les cyclistes qui sont venus nous parler quand nous roulions d’un endroit à un autre et les deux qui m’ont aidée à fixer quelques pièces sur mon vélo que je n’avais pas si bien remonté ! La Californie s’annonce bien sympathique ! Comme partout, on nous demande d’où nous venons et où nous allons. Dans les précédants pays, nous ne pouvions que répondre en deux mots (origine-destination) ; ici, la conversation devant un feu rouge ou sur un trottoir peut durer une demi-heure !

Nous avions ensuite rendez-vous à Sunnyvale chez mon cousin JB. Oh que c’est bien de se retrouver en famille ! Nous sommes allés déjeuner avec Maria et Alejandro chez Google et c’était boring mais en fin d’après-midi, JB n’a eu aucun mal à nous faire monter dans un petit avion pou r voler au dessus de San Francisco et de la côte pacifique et c’était magnifique. Et puis nous sommes enfin partis vers le sud. JB a roulé deux jours avec nous et après nous nous sommes retrouvés seuls et heureux.

Alors alors, vous voulez un paragraphe politique. Est-ce un sujet, ici ? Et bien oui. Un peu. Il n’y a pas beaucoup de débats. La Californie est un État libéral et tout le monde est à peu près d’accord sur le président. Il y a cependant des variantes : pour certains, c’est une marionnette, ce qui compte vraiment se passe dans l’ombre ; pour d’autres, il n’est pas si bête (« Comment veux-tu qu’un idiot devienne président ? ») mais beaucoup pensent le contraire… Même les Américains d’origine latino-américaine ne sont pas tous d’accord entre eux : certains chrétiens le soutiennent, décidés par une des questions de son programme, qui prévaut alors sur l’ensemble, comme celle de l’avortement ou du mur (ce sont les one-issue voters). Pas simple. Qui dirait le contraire ?

J’écris ces lignes de la « banlieue » ouest de Salinas, la ville de John Steinbeck. Lui, Arturo, est Mexicain, citoyen américain, elle, Cheryl, est Native American par son père et Tex-Mex par sa mère. Le mode de vie est mexicain (musique, nourriture, veladora triple acción a San Judas Tadeo contra chismes y calumnias (bougie triple action pour demander à St Judas protection contre les ragots et calomnies), images et statues de saints, etc) et la famille est répartie des deux côtés de la frontière. Ceux du nord aident ceux du sud à obtenir des papiers pour venir et font construire une maison au Mexique où ils rêvent de passer leurs vieux jours… Arturo part à 5h et revient à 19h, travaille 7 jours sur 7 depuis plus de 40 ans, et il ne pense qu’à partir au Mexique et profiter de sa retraite, mais une dette le retient au travail. Un jour, il a eu une mauvaise infection qui lui a fait passer 3 trois jours à l’hôpital. Son assurance a pris en charge une partie, mais il lui a fallu payer 150 000 $ de sa poche. Il paye toujours la facture.

IMG_0925

Avec Cheryl devant sa maison

Je vous laisse avec des photos de tout ce petit monde dont je vous ai parlé. Nous filons au Starbucks du coin pour envoyer ces nouvelles – American way oblige.

Salinas, CA
7 mars 2017

Texte : Clem
Photos : Andrés et Clem

Publié dans Etats-Unis, Portrait, Rétrospective, Sur la route, Un instant, Voyage à vélo | Tagué , , , , , , | 1 commentaire

Japon : roman-photo (2)

La suite, que j’ai préparée avant notre vol mais vous la découvrez alors que nous sommes dans l’avion pour San Francisco : il est moins une pour vous montrer la suite des photos !

Dire que nous visitons tout ce qui est sur notre chemin, chateaux, palais, mausolées, musées… A vrai dire, nous ne sommes pas très bons pour les visites. Parce que nous passons de meilleurs moments dans un onzen naturel (bain d’eau naturellement chaude) trouvé par hasard, à vélo sur une route dans une forêt de bambou, en train de goûter assis devant un sanctuaire solitaire, sans parler des dîners chez des hôtes joyeux, des matinées ensoleillées, des assiettes de sushis et autres délices japonais, etc etc. Mais quand même, nous ne tirons pas la langue à tous les sites recommandés… Et la preuve aujourd’hui, avec ces photos. 

Et d’abord celles de Koyasan. La montage Koya, non-loin d’Osaka, abrite plus de cents temples bouddhistes. Les pèlerins viennent nombreux visiter temples, cimetières, portes et pagodes et prier le bonze Kukai, qui serait toujours en méditation dans une chambre dont la porte est fermée depuis plus de 1000 ans ! Le mausolée de Kukai est à quelques mètres de là : on ne comprend pas bien où il est le bonze…

 

Non loin de là, l’ancienne capitale impériale : Nara. Nous nous y sommes arrêtés, n’attendant rien de spécial : c’était sur notre route vers Kyoto. Mais j’ai adoré le parc avec les daims en liberté qui se laissaient approcher pour un selfie et les arbres nus du grand parc. A Nara, nous avons dormi dans un temple bouddhiste ; Andrés a sonné l’énorme gong à 18 heures, 3 fois 30 secondes et le lendemain, nous avons été réveillés à 6h par le vieux moine qui a psalmodié de 6 à 7h, avec tambours et clochettes, à deux mètres de nos têtes,

Puis nous avons passé une semaine à Kyoto, profitant du nombre élevé de touristes pour vendre notre marchandise. Pour la première fois au Japon (ce n’est jamais arrivé en Corée), nous avons dormi dans un hôtel, en l’occurence une guesthouse. Et c’était bien ! Là, nous nous sommes apperçu que ça faisait longtemps que nous n’étions pas à notre rythme. Parce que la contrepartie d’être chez des gens tous les jours (ce dont nous ne nous plaignons pas, loin de là ! ) est que nous sommes à leur rythme  : nous mangeons ce qu’ils mangent et quand ils mangeant, nous nous levons quand ils nous réveillent (toujours assez tôt), nous partons quand ils partent au travail, etc. Pouvoir choisir nos horaires, cette fois, nous fait du bien. 

Nous avons visité quelques sites. Vous savez peut-être ce qu eje vais dire : après les sanctuaires et les temples que nous avons eus pour nous seuls au cours de notre traversée du Japon, nous avons eu du mal à apprécier les lieux pleins de visiteurs occupés à faire des selfies et acheter des porte-bonheur. 

 

Avant d’arriver à Tokyo, nous avons passé quelques jours près du Mont Fuji, dans un chalet avec Taka et Cheko, amis japonais francophones rencontrés à Miyazaki. 

 

Vous savez (presque) tout sur nos trois mois au Japon ! Les prochaines nouvelles seront donc de Californie !

Yohohama, Japon

Le 19 février 2017

Publié dans Asie, Rétrospective, Sur la route, Voyage à vélo | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Japon : le roman-photo

À deux jours de notre vol pour San Francisco, nous vous livrons les photos des trois mois que nous avons passés sur l’archipel. 

Illustrons, racontons d’emblée la première nuit passée à la campagne, près de Fukuoka (île de Kyushu). Le ciel est orageux,  nous cherchons un toit : une grange, un hangar, un garage que sais-je, un abri pour notre tente. Nous posons la question aux habitants d’un hameau. Non, c’est non, éternellement non. À croire que c’est si grave de camper dans une grange. Les voisins s’attroupent et se consultent, passent des coups de fil. Personne ne prend le risque de nous mettre au fond de son garage. Nous finissons par être guidés vers un supermarché désaffecté qui a le mérite de posséder encore un toit un chouia bringuebalant. Merci monsieur de nous avoir indiqué ce lieu charmant où vous n’auriez jamais dormi. Plus tard, nous cherchons un supermarché ouvert pour acheter de quoi dîner et croisons un homme et parlons un peu. Il fonce demander à sa femme, nous le suivons à toute allure (il ne nous a pas dit de le suivre, il fonce sans nous attendre), nous faisons le gué devant chez lui, mais cachés parce que nous ne sommes pas censés être là, mais finalement c’est oui, et ce furent eux nos premiers hôtes. 

Le lendemain, nous dormons dans un sanctuaire shinto. C’est notre première semaine au Japon, nous ne sommes pas encore familiers des us et coutumes du shintoïsme. Nous apprendrons plus tard que les marches d’entrée font partie du sanctuaire et qu’il faut se déchausser avant la première. Avec le temps, nous nous montrerons plus respectueux…

Nous dormirons souvent dans des temples bouddhistes et des sanctuaires shinto, la plupart du temps invités par les prêtres et moines qui les tiennent. Nous partageons alors la soirée avec les religieux et leurs familles et apprenons avec surprise que l’on est moine de père en fils. 

 

Nous avançons vers le sud, longeant la côte ouest de l’île de Kyushu. Nous dormons presque toutes les nuits chez des Japonais. À partir de maintenant, les nuits sous la tente sont de plus en plus rares car 1) la nuits tombe tôt ; les soirées sont longues ; il faut bien passer la soirée quelque part ; nous n’avons pas assez de livres et de films pour occuper tant de soirées sous la tente, 2) il fait froid, 3) nous ne nous lassons pas de goûter soir et matin la bonne cuisine japonaise et de dormir sous des couvertures sur des tatamis. Ci-dessous, un aperçu de ces rencontres.

En décembre, Andrés et moi avons séparé nos chemins : chacun de son côté, nous avons suivi une route différente.  » C’était trop bien !  » De ce bout-là, j’ai déjà parlé iciiciici, et 

Regardez maintenant quelques détails qui nous ont plus ou marqués… Pour n’en citer que quelques uns : la beauté (et la taille) des arbres, les machines à boissons PARTOUT même sur une route forestière, les onzens (bains chauds) en pleine nature, les pantoufles à l’entrée d’un « coin laundry », la folie des selfies, les kimonos en location dans les endroits touristiques, l’incroyable maillage de routes, les baguettes miniatures pour enfant (trop mignon), and so on.

 

Yohohama, Japon

le 19 février 2017

Publié dans Asie, Rétrospective, Sur la route, Voyage à vélo | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Ces soirs où j’étais seule (sept et huit – et fin)

Le septième soir, je décide de m’arrêter tôt. Le sixième soir, le processus a été un peu lent et je suis arrivée tard à la maison ; la soirée m’a parue courte. Ce soir, j’aimerais une longue soirée et pouvoir me promener. La première maison devant laquelle je me présente est vide, mais une vieille dame attend au volant de sa voiture. Je m’en vais, je sais que ce n’est pas elle. En repartant, je vois le voisin d’en face qui donne de l’eau à une tortue. Je salue et tends mon papier ; monsieur demande l’avis du « grand-père » de 97 ans – qui doit être son père – parce que nous sommes en fait chez lui, et c’est oui. Je m’installe et pars me balader. Avec les hommes, c’est simple !

Appareil photo au cou, le « petit-fils » de 60-65 ans m’emmène me montrer le jardin d’un centre sportif fermé. Il me fait poser devant une statue qui représente une jeune femme nue jouant du violon qu’il admire longuement. Plus tard, il fera développer la photo et me l’offrira. Nous dînons devant la télévision qui ne dit rien de l’attentat de Berlin ni de l’ambassadeur russe assassiné en Turquie. Le dîner est délicieux, raffiné : une soupe miso, des morceaux de poisson cru (sashimi), une sorte de potimarron cuit avec des champignons et des algues, un flan d’œuf au tofu, et bien sûr un bol de riz (gohan). J’ai trop chaud sous le ventilateur réversible (chaud l’hiver – froid l’été) mais c’est comme ça : on surchauffe la pièce dans laquelle sont installés la télévision, un canapé sur lequel on s’assied peu (on préfère s’asseoir par terre, les jambes sous la table basse dont la nappe se prolonge en couverture chauffante) tandis que les autres pièces sont froides et on n’y va pas. Moi, je préfère dormir dans une chambre froide mais sous plusieurs couvertures. Je dois toujours insister pour que l’on n’allume pas le poêle apporté spécialement pour moi ou le ventilateur s’il y en a un. Parfois, je me fais avoir : il arrive que mon futon soit posé sur un tapis chauffant. S’il a été allumé derrière mon dos, ce double sol me chauffera le dos toute la nuit, même éteint !

Après le dîner, le petit-fils insiste pour que nous allions regarder le départ d’une fusée. Il a l’air d’y tenir. Je crois qu’il est surtout content d’avoir de la compagnie. Nous partons ensemble en voiture, on écoute de la musique sans parler.

Le lendemain, nous prenons le petit-déjeuner devant les infos, mais l’attention des deux hommes est tournée vers le petit oiseau bleu dans sa cage. Ils lui parlent, le petit-fils vient lui caresser les pattes accrochées au grillage. Il pleut à peine ; le grand-père et le petit-fils essayent de me retenir, me disent de ne pas y aller, il fait moche. Je suis au bord des larmes quand ils insistent comme ça pour que je reste encore un peu chez eux, parce que je sais que c’est plus pour eux que pour moi ; parce que je sens qu’ils sont seuls.

***

C’est ma dernière journée de route. Demain, je retrouve Andrés. J’ai hâte, j’imagine nos retrouvailles, se serrer dans les bras longuement, s’embrasser je ne sais encore où, se sourire sans rien dire, rester en silence, retrouver la rassurante présence de l’autre. Puis viendront les mots pour raconter.

Mais aussi, je redoute ce moment. J’ai eu mal, ces jours-ci, de l’écart entre mon flot de paroles envoyées à Andrés et les moins fréquentes nouvelles, la plupart terre à terre, que j’ai reçues de lui. Devrais-je lui reprocher de n’avoir pas suivi le rythme que je proposais, mes règles du jeu tacites ? Saurai-je faire semblant d’avoir été satisfaite par notre communication afin d’éviter de gâcher nos retrouvailles ? Embarrassée par ce dilemme, je n’osais pas aller trop vite, avancer d’un jour mon arrivée au lieu de rendez-vous.

***

Le huitième soir. Je roule tout l’après-midi sur une route étroite, en forêt. J’ai un mauvais pressentiment. Aucune voiture ne passe, ce qui veut dire certainement qu’il n’y aura aucune maison avant… Je ne me trompe pas, je roule, je roule et ne vois personne, ni un chat ni un toit. Je m’inquiète car l’heure tourne. J’essaie de me rassurer, en vain. Je finis par voir quelques maisons. Nulle voiture garée : c’est mauvais signe. Je m’arrête pourtant et je sonne à la porte de plusieurs d’entre elles. Seul le silence me répond. Je ne trouve aucune inspiration pour devenir sereine mais je ne sais pas quelle décision prendre. Je suis aux aguets parce que je sens que je me trompe. J’attends un signe pour faire demi-tour. Un type passe, je l’arrête. Il m’indique que devant, il n’y a aucune maison avant 13 ou 30 (je ne comprends pas) kilomètres. C’était le signe que j’attendais pour descendre immédiatement dans la vallée et chercher en bas un toit.

Je rentre dans la première cour que je vois ; la vielle dame me chasse d’un revers de main, et je lui dis quelque chose comme « merci, hein, quand on a besoin ! C’est galère ce soir ! Merci pour votre aide ! » d’un ton un peu vilain, ce que je ne souhaitais pas mais ça m’a échappé parce qu’il est tard, que je me suis inquiétée et que je suis fatiguée.

Plus loin, je suis une voiture qui rentre chez elle. J’aborde le couple, leur montre mon texte, mais c’est non. Ils ne savent pas comment me le dire, ils cherchent une excuse : « Demain matin… » Je reste plantée un court moment puis les remercie d’un ton un peu cynique, ce que je ne voulais pas, mais ça m’a échappé. En roulant vers la maison voisine, je fonds en larmes d’épuisement, de découragement, de déception. La voisine lit mon texte avec attention, passe un coup de fil et revient me dire non. À ce moment, la dame d’à côté revient et me dit de venir chez elle, ce qui me fait exploser en sanglots – d’émotion, de soulagement. Elle me tapote sur le dos, rassurante, amicale.

Le couple est gentil. Ils essayent de s’excuser de m’avoir dit non la première fois, et moi je suis terriblement gênée d’avoir été cynique quand ils m’ont dit non. Chacun fait un effort et la soirée est tranquille. Ils sont obèses tous les deux, le dîner vient du 7/ Eleven. J’ai ramassé dans la journée des patates douces que je fais cuire et partage pour accompagner les cochonneries sous cellophane.

Je dors mal, pensant à Andrés. Je suis triste, pas d’être loin de lui mais de ne pas recevoir autant de nouvelles que j’aimerais. Je crois que j’en attends trop. Je crois que j’attends quelque chose de trop précis : cela m’aveugle et m’empêche de voir ce qu’il me tend et m’offre.

***

Il pleut des cordes pour cette dernière journée. Je m’arrête dans un restaurant pour me réchauffer et écrire quelques lignes. Les serveuses sont gentilles et m’offrent du thé et des biscuits. À la fin du service, quand tous les clients sont partis, elles m’apportent un déjeuner. Elles me font écrire sur un carton encadré une dédicace pour le restaurant.

J’ai trop hâte de revoir Andrés. Pourtant, je m’attarde, je laisse s’étirer l’attente, promesse de retrouvailles émouvantes.

En roulant ce matin, la réponse à mon dilemme a surgit. Je souhaite avant toute chose sa liberté. Je le veux libre, je l’aime libre ; en espagnol, ça se disent de la même manière : lo quiero libre.

Pendant ce temps-là, du côté d’Andrés…

Publié dans Asie, Regards Croisés, Sur la route, Voyage à vélo | 1 commentaire