Quatre naissances et un enterrement

Teste écrit sur le coup de l’émotion provoquée par quatre naissances et la mort d’un jeune Brésilien que j’ai connu lorsque je vivais à Fortaleza en 2008.

 La vie est ainsi faite de moments calmes où rien d’important ne se passe, on dit « tranquille, tout baigne », et de moments intenses où l’on finit par souhaiter un peu de calme pour laisser décanter ses émotions.

Cette semaine, les naissances de Léa, Fleur, Aubin et Laura, et la mort d’Inácio m’interrogent sur les ficelles de la vie.

Chaque nouveau né cité plus haut n’a que quelques jours de vie sur Terre. Si on les mettait côte à côte, ils paraîtraient tous les mêmes. J’imagine quatre beaux bébés. Ce sont des petites choses fragiles et neuves, qui n’ont rien vécu et encore tout à vivre. Cependant, chacun d’eux a déjà une histoire, ils sont le fruit de l’histoire singulière entre leur père et leur mère, qui eux-mêmes sont nés parce que leur père et leur mère se sont connus et aimés et ont voulu donner la vie… Chaque histoire a connu une bataille dont le vainqueur s’appelle Amour.

Léa, c’est la fille de mon amie Amandine, une personne décidée et droite qui n’aime pas les demies mesures, qui a été dessinée pour aimer et pour être aimée, pour donner, tout donner et recevoir. Étudiantes, nous vivions en parallèle des histoires sentimentales décevantes mais auxquelles nous voulions croire. Elle a eu des copains immatures, des copains qui voulaient être avec elle sans être vraiment avec elle, des copains à moitié présents, des demies histoires. Louis lui a pris la main, a mis un peu de temps avant de bien la tenir, puis ne l’a pas lâchée. Comme dans l’épître de Saint Paul qui dit « l’Amour est patient, […] l’Amour fait confiance en tout, il espère tout », Amandine a été patiente, elle a laissé Louis avancer à son rythme, jusqu’à ce que leurs pas se rejoignent, et Léa est née.

Fleur est la deuxième fille de ma cousine Lucie. Lucie est éclatante de lumière ! Elle a toujours beaucoup plu, sans qu’elle ne soit ni femme fatale ni séductrice. Elle plaît, simplement et naturellement, mais j’ai l’impression que le sentiment qu’elle éveille est toujours puissant : professionnellement elle cartonne, elle est adorée de ses parents et je n’ose pas lui demander combien de garçons lui ont dit « je t’aime ». Après la naissance de Zoé, traversée du tunnel pour son mari et elle. Par pudeur je n’en sais pas plus. J’imagine que l’idée de séparation a déjà traversé sa tête. Ce que j’imagine aussi et ce que je lis derrière le sourire de Fleur, c’est que les mots « pardon » et « désir » ont été prononcés, et qu’un élan d’une source mystérieuse a réuni cette famille.

Aubin, je ne le connais pas bien et je ne sais pas si j’aurai souvent l’occasion de regarder ses petites mains et de prendre dans les miennes ses petits pieds. C’est le fils de ma copine Julie et d’Axel. Ce sont les deux prénoms masculins qui ont permis à Aubin d’entrée dans mon récit. Aubin comme Saint Aubin, haut lieu pour ma famille, et Axel comme tous les Axel Egnell : les fils aînés des fils aînés. Julie et Axel se sont rencontrés en Inde et une histoire qui commence sous les tropiques et se termine à la maternité, ça me plaît ! Un jour ils couraient ensemble dans la forêt de Rambouillet et Axel a eu une idée qu’il n’a pas pu s’empêcher de partager avec Julie: « et si nous nous marions ? » une envie naturelle, un peu folle mais évidente, illustrant la confiance et l’envie d’être ensemble, et sans se poser beaucoup de questions elle a dit oui.

Laura est franco-brésilienne, elle parlera tout de suite deux langues et sa mère, ma cousine Letitia, l’étudiera avec attention, elle qui est psychologue spécialiste de la question du bilinguisme chez l’enfant bi-culturel. De loin, je frisonne à pensant à la joie provoquée par cette naissance si longtemps attendue.

Mardi, Inácio a pris sa moto pour se rendre chez son premier patron récupérer sa paye, tout fier de participer enfin à l’économie familiale. Inácio, seul garçon entre plusieurs sœurs, fils chéri d’Aparecida, mère nourricière prête à voler pour ses enfants. Sur une route près de Fortaleza, au Brésil, un camion lui a foncé dessus, roulé dessus et a continué à foncer sans même que son chauffard de chauffeur ne ralentisse. Comme dit Andrés Fluxa, quand arrêtera-t-on d’appeler « accident » un acte criminel ? Dans la course à la vie, que gagne-t-on à aller vite ?

La vie ne tient qu’a un fil, se dit-on en pensant à Inácio, en songeant à l’arrivée de Léa, si sa mère n’avait pas su être patiente, pas su  »attendre le bon » ; de Fleur, si sa mère n’avait pas su respecter le ‘oui’ qu’elle a dit à Antonin en le regardant dans les yeux ; à Aubin si ses parents ne savaient pas rêver et se laisser porter par la joie et la confiance ; à Laura si ses parents n’avaient su dépasser les préoccupations professionnelles. Aucun des cinq ne peut parler, mais qu’elle que soit leur manière d’être, ils nous demandent de donner de la valeur à notre lot, passé et présent, à prendre soin de la vie.

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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