Nous sommes libres.

Au cours d’un dîner entre amis, j’ai entendu dire qu’en France, on ne peut pas dire ce que l’on veut, qu’il n’y a pas de liberté d’expression, la preuve en est la tuerie du 7 janvier. Les dessinateurs sont morts pour avoir dit ce qu’ils voulaient (et pensaient???), les policiers pour assurer la sécurité de ceux qui ne cessaient d’user sans limite de cette liberté.

Je reviens du Mexique, pays dont la violence est connue de tous. Au Chiapas, où le mouvement zapatiste a mené au cours des 20 dernières années une lutte courageuse non moins violente contre le gouvernement fédéral et les propriétaires terriens, je vivais une situation que j’avais lue dans Tintin. A une question posée, la réponse sera inlassablement « No sé ». Ne pas poser de questions, ne jamais poser de questions : tel était devenu mon leitmotiv, parce que les gens ont peur de parler ! Je demande : où est la casa municipal ? No sé. Qui gouverne ici : y a-t-il un maire ? No sé. Est-ce possible d’aller à pied à San Andrés par un chemin de terre ? No sé. No sé tu parles ! Dans un village, une femme a eu la franchise de nous dire que nous étions pris pour des espions de l’État, que pour cela le village avait peur de nous.

Le 7 janvier, je recevais des messages solidaires d’amis mexicains. L’une glissa entre les lignes qu’une vague de violence avec enlèvements et fusillades, était survenue le même jour, dans son village. Morts anonymes. Qui honorera ces morts ? Aujourd’hui, en France, nous serons des millions à marcher contre la violence, contre le terrorisme, le racisme, pour la liberté d’expression, en hommage aux morts, en soutien aux familles… Mon vœu est que chacun marche en silence, en pensant aux victimes de l’ombre, aux familles à qui personne ne tend de mouchoir pour pleurer.

***

A Damas, à l’éveil du  »printemps arabe », je regardais un écran de télévision où très clairement, des images tournées dans le sud de la Syrie montraient un environnement ravagé par une fusillade et des manifestations. Je demandai  »c’est dans le Sud ? » pour amorcer la conversation. Il me répondit  »Non non, ça c’est en Tunisie. En Tunisie ! ». Sous-entendu : tais-toi.

Un an plus tard en Birmanie, le soir du vote du 1er avril 2012, pour les premières élections « libres » après le retrait officiel de la junte militaire faisant place à un gouvernement civil et démocratique, la ville de Rangoon était plongée dans le calme : la Dame Aung San Su Xi avait été élue, mais qui oserait célébrer sa victoire ? Qui oserait s’exprimer ? Pas grand monde, malgré le soulagement, l’espoir et la joie.
Une pensée pour eux, en allant manifester.

***

Soyons choqués et indignés par chaque vie humaine sacrifiée et oubliée.

Vivons libres, en faisant bon usage de nos libertés, dans le respect de nos prochains.

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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