A l’Est du Rhin

C’était un road trip comme nous n’en faisons plus beaucoup, en stop. Paroles d’automobilistes qui ont pris le risque : « Moi aussi je voyageais en stop. Maintenant les gens ont peur, et on ne voit plus d’auto-stoppeurs sur les routes, c’est un peu triste. » « Une de mes amies a pu faire Prague-Stochkolm en deux jours, en stop. Elle veut aller jusqu’à Oslo. Pour qu’elle y arrive plus vite, je vous aide à faire un bout de chemin. » Correspondances dans le temps et dans l’espace…

Départ de Paris, et premier arrêt à Bonn pour rencontrer Damián, un pen friend d’Andrés. Tous deux Argentins et grands voyageurs à vélo, ils se sont écrits pendant deux ans sans jamais se rencontrer en vrai. Donc c’était LA rencontre. Nous parlions des heures des montagnes si raides d’Équateur et du vent atroce qui vous chasse de la Patagonie.

Puis traversée de Bonn à Berlin, d’ancienne capitale à capitale, dans la camionnette d’un vendeur d’art turc. Ce n’était pas l’art qui était turc, loin de là : les toiles transportées allaient être vendues des milliers, et représentaient, en gros, des seins nus de toutes les couleurs.

Enfin Berlin, que nous avons aimé puis quitté en stop, direction le sud. Nous souhaitions passer en République Tchèque à pied. Le hasard du stop nous a fait atterrir près de Dresde, où coule l’Elbe, qui prend sa source en Tchéquie. C’est donc le long de cette rivière que nous marcherons quatre jours.

Je m’émeus pour de vrai en passant les frontières de l’Europe, car il n’y en a pas. Le premier village côté tchèque vous donnerait froid dans le dos : un village déserté et triste, mais également peuplé de vietnamiens et d’hôtels vides, de boutiques free-shop, non-stop et duty-free. Il avait un air de Lucky Luke.

Un autre jour, nous rencontrons au bord du chemin et de l’Elbe Katarina, qui est russe et nous fait manger ses gâteaux, alors que la grand-mère de son boyfriend nous dit qu’elle est déprimée et nous fait boire coup sur coup ses tords boyaux à 36 puis 52° !

Entre les kilomètres, nous reprenons des forces dans les bars enfumés. Malgré toutes ces bières que les gros serveurs amènent en continu, malgré tout cet alcool qui descend, il n’y a jamais trop de bruit. La musique n’est pas forte et les amis parlent assez bas. Un autre mystère…. Nous entrons, le serveur demande « beers? » et nous « coffees ». Eh ! c’est encore le matin ! Je crois que nous l’avons un peu déçu.

Nous arrivons à Prague en voiture avec un jeune tchèque. Il nous parle de son pays avec amour (« Les Tchèques sont égoïstes et extrêmement méfiants. Ils veulent t’arnaquer sans arrêt. Dès qu’ils peuvent te jouer un tour, ils le font. » « La corruption est ici la plus élevée du monde. Tenez, cette autoroute, elle a été construite avec…. »). J’essaie de trouver un sujet de conversation qui pourrait l’amener à sourire un peu. Il nous parle alors de sa mère qui adore la France : « si elle savait que j’ai pris en stop une Française, elle me tuerait. » !

Après Prague et ses clochers, nous sommes rentrés à Paris en stop, en une journée et 9 voitures qui sont autant de rencontres, de mondes particuliers et d’histoires à raconter.

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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Un commentaire pour A l’Est du Rhin

  1. Claude E dit :

    cela ne sonne pas bien gai…..et le MUR à Berlin ?

    J'aime

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