Des châteaux et des pentes

(Después de las fotos viene el texto en castellano)

Nous pourrions raconter le début de notre voyage en nommant les fleuves (ou rivières) que nous avons longés ou traversés : la Loire, le Cher, la Creuse, la Vienne… Les chemins entre ou le long de ces fleuves nous ont offert successivement des kilomètres de route plate et de vent de face – sur la piste cyclable de la Loire à vélo ; des kilomètres sans voir un chat – autour de la Creuse, d’innombrables montées et descentes – dans la Vienne et la Haute-Vienne. Mon vélo, mon Cher, sur quelles autres pentes me mèneras-tu ?

On passe un pont et de l’autre côté, une fois l’obligatoire côte montée, c’est un monde nouveau : nous observons la diversité des villages, des cultures dans les champs, des pierres et des toits des maisons, des vallons, de la force du vent et de la végétation.

Mais raconter ainsi notre périple serait bien peu vivant. Reprenons autrement !

Andrés et moi sommes partis de Paris le 5 juillet avec comme première destination Bayonne, mais sans préparer une seule des étapes intermédiaires. C’est en regardant la carte, chaque jour, que nous traçons notre route, en empruntant de préférence celles qui semblent les plus calmes, qui nous feront traverser une forêt, longer une rivière, ou rouler entre les champs. Ces routes secondaires allongent notre chemin, mais nous permettent de rouler côte à côte et de parler pendant des heures, d’imaginer comment sera le prochain village en le décrivant le plus précisément possible, de se proposer de multiples mini défis – celui qui gagne choisit le goûter, de s’arrêter prendre des photos, de s’arrêter demander de l’eau, de s’arrêter manger des gâteaux, de s’arrêter pour converser.

Odette

Odette habite dans le tout petit hameau judicieusement nommé « Le grand village », elle a 84 ans et n’aime pas parler du passé, de la guerre parce que son père parlait déjà sans arrêt de celle de 14. Elle ne sait plus si les Allemands étaient là ou pas. Il y a des souvenirs que l’on oublie… Nous nous sommes arrêtés près d’elle alors qu’elle nettoyait et triait les quelques oignons du jardin. Le « grand village » a beau être sur le bord de la piste cyclable, peu de promeneurs s’attardent à discuter avec les habitants qu’ils croisent, ce qui frustrent ceux qui ont conscience qu’ils ont besoin de contacts humains. Elle semblait avoir envie de parler : elle nous a raconté quelques bouts de sa vie.

Andrés porte au devant de son vélo la tente, et, habituellement, nous campons. C’est quand nous sommes fatigués que nous commençons à chercher une maison avec jardin ou une ferme où nous pourrons nous installer. On commence par se présenter : soit Andrés se lance, et alors il est très détaillé et fait une présentation complète de notre voyage et de ce que nous cherchons, soit c’est moi qui demande, et alors la question est un posée un peu plus directement. Dans tous les cas, nous formulons la question de façon à ce que notre interlocuteur se sente libre, c’est ainsi que certains nous répondent «  Et bien, le problème, c’est que je ne vous connais pas », ou « je viens de la région parisienne, donc je me méfie un peu, vous voyez ». D’autres, sans hésiter, nous offrent leur jardin, une douche et quelque fois plus.

Il arrive qu’en regardant la carte, je découvre avec sursaut et sourire que nous allons passer par la ville où vivent les parents d’une amie, la fille d’une autre, ou des cousins. Ravis de ces rencontres ou retrouvailles, nous prenons la route principale, parce que sachant où nous allons, nous sommes pressés d’arriver ! Nous aimons l’inconnu ; ne pas savoir où nous dormons le soir-même ne nous dérange pas – au contraire, mais nous ne cachons pas notre joie de retrouver des proches et de dormir dans un lit, où aucun coq chantera à l’aurore tout près de nos oreilles ou d’hirondelles au-dessus de nous.

Nous avons fait un détour pour revoir Michel, que nous avions rencontré en avril. Il habite dans une petite maison en taule verte, sur le bord de la piste cyclable la Loire à vélo, et nourrit les passants à force de Kinders Bueno pour les enfants et de croquettes pour les chiens. Les « booooonjouuuuur » des passants hurlés devant chez lui rythment sa journée et remplissent son cœur solitaire. C’était un enfant de la DASS, pour qui avant ses 21 ans « c’était l’horreur ». Mais l’homme se sent maintenant heureux, tellement heureux qu’il le répète et répète. Il était trop content de notre visite, nous a fait écrire au marqueur noir notre itinéraire sur un planisphère géant où figure encore l’empire Ottoman, nous a régalés de noisettes, d’œufs durs et de Kinders Bueno.Michel, Andrés et le planisphère

Je suis admirative de l’absence totale de colère, de haine, de calcul, de jalousie en Michel. J’en suis admirative parce qu’il a grandi sans amour, sans l’attention ni l’affection d’une mère, sans la protection d’un père, sans le cadre d’une famille, sans repos ni cadeau. « J’ai mangé mon pain noir jusqu’à 21 ans. Mais après j’étais libre ! Aujourd’hui, je suis bien, ça oui ! » Nous avons un peu parlé d’amour : c’est une femme qui, l’ayant trompé un jour, l’a détourné à jamais de toutes les femmes. Pour se sentir moins seul, il ne dirait pas non, maintenant, à une compagne. Cela le soulagerait, car il partagerait ainsi la responsabilité de la garde de sa chienne. S’il lui arrivait quelque chose, avec qui vivrait Elie ?

Nous avons traversé une partie de la France, aimé la diversité des paysages et des histoires, des villages et des arbres. Tous les jours, nous avons vu des châteaux et imaginé leur intérieur confortable, coupes de fruits du verger et assiettes de charcuterie. Nous sommes rentrés dans certains d’entre eux et avons constaté tout le contraire : de très belles maisons, certes, mais très lourdes à entretenir, les propriétaires coulent sous les charges et les frais d’entretien et comptent les centimes. Tous les jours, nous avons dû ralentir la cadence, pour monter péniblement les innombrables pentes. Tous les jours nous avons écouté parler du travail difficile en France. Agriculture, industrie, médecine…. les secteurs nommés sont divers, mais la plainte est la même : plus de taxes, plus de paperasses, plus de contrôles, les patients deviennent des clients, le litre de lait est vendu à la coopérative 0,30 € quand son coût de production est de 0,35 €, et cetera.

Périgord

Nous sommes passés par Rochechouart, berceau d’une branche de ma famille, celle dont une partie s’est installée en Nouvelle-Calédonie parce que la maison de famille était trop petite pour les 13 enfants qui l’occupaient, et les 200 hectares de terres ne suffisaient pas à alimenter toutes ces bouches. Je suis allée au cimetière rendre hommage à mes ancêtres, grands voyageurs, qui avant moi ont vu le monde, ses châteaux et ses pentes difficiles.

Clémence Egnell
Photos : Andrés Fluxa


Église Neuve d’Issac, Dordogne
17 juillet 2015

Sobre castillo y pendientes

Creo que podríamos narrar nuestros primeros días nombrando los ríos que tuvimos a nuestro lado o que atravesamos: el Loira, el Cher (que en francés significa “querido”), la Creuse, la Viena… Estos ríos de imágenes variadas nos ofrecieron algunos golpes para el debut. El viento en la cara sobre la ciclovía del Loira; tramos desiertos alrededor de la Creuse; e innumerables subidas y bajadas por el Viena y la Alta-Viena. Y al otro lado de cada puente, una vez superada la cuesta obligatoria, aparecía un mundo nuevo: la diversidad de las culturas en los campos, los pueblos, las piedras, los tejados de las casas y la fuerza de la vegetación…

Pero contarlo así sería poco vivo. ¡Sigamos de otro modo!

Salimos de París el 5 de julio con la mirada puesta en Bayona como primer destino, pero sin preparar ni una de las etapas intermedias. Trazamos nuestro camino sólo mirando el mapa a cada día, eligiendo en lo posible las rutas más tranquilas, las que atraviesan un bosque o van a lo largo de un río o entre los campos. Estas carreteras secundarias alargan nuestro camino pero nos permiten hablar mientras pedaleamos uno al lado del otro, imaginar cómo será el siguiente pueblo (innombrable para Andrés), proponer múltiples mini desafíos (y el que gana escoge la merienda), parar para hacer fotos, para pedir agua, para comer pasteles o simplemente parar para conversar.

Odette

Odette habita en la muy pequeña aldea llamada paradójicamente « El gran pueblo ». Tiene 84 años y no le gusta hablar del pasado ni de la guerra del 39 porque su padre recordaba todo el tiempo la del 14. No sabe más si los alemanes estaban allí o no; hay unas memorias pero se olvidan… « El gran pueblo » está al borde de la ciclovía del Loira, pero sin embargo pocos pasantes se toman el tiempo para detenerse y conversar con los habitantes de la zona, lo que frustra a los que tienen conciencia de que necesitan del contacto humano. Hicimos una parada junto a ella mientras limpiaba las escasas cebollas que esta vez le había dado la cosecha. Odette tenía ganas de hablar y nos contó algunos trozos de su vida…

Andrés lleva adelante de su bicicleta una carpa y habitualmente acampamos. Lo hacemos cuando ya estamos cansados. Entonces comenzamos a buscar una casa con jardín o una finca para instalarnos. Pero primero hay que presentarse: cuando es Andrés el que se lanza es muy detallado en la descripción completa de nuestro viaje: de donde venimos, hacia dónde vamos y qué buscamos (sólo un lugar verde para montar la carpa que será nuestra casa por dos años). En cambio yo pongo las cosas un poco más directas… Y las respuestas que nos encontramos son variadas. Algunos dicen “y bueno, el problema es que no les conozco”, otros que “vengo de la región parisina y desconfío un poco”. Pero los demás (la mayoría), sin dudarlo, nos ofrecen su jardín, una ducha y más.

En abril, en una caminata al borde del Loira, habíamos conocido a Michel. Ahora dimos una vuelta para volver a verlo. Michel vive en una pequeña casa verde al borde de la ciclovía que pasa por el Loira y alimenta a los pasantes a fuerza de Kinders Bueno para los niños y de galletas para los perros. Los gritos de « booooonjouuuuur » de uno y otro lado le dan ritmo a sus días, y llenan su corazón solitario. Michel, hasta que cumplió sus 21 años, fue un internado de la DASS (Dirección de la Acción Sanitaria y Social) y eso « era un horror ». Pero el hombre ahora es tan feliz que lo repite y repite. Estaba tan contento con nuestra visita que nos decretó sus invitados de honor. En esa pequeña estadía nos hizo escribir con marcador negro nuestro itinerario sobre un planisferio gigante donde todavía figuraba el Imperio Otomano, nos invitó avellanas y, por supuesto, Kinders Bueno.

Michel, Andrés et le planisphère

Con Andrés admiramos en Michel la ausencia total de ira, de odio, de cálculo y de envidia; el dolor (el mal) parece no estar en él. Y más lo admiramos porque creció sin amor, sin el afecto de una madre, sin la protección de un padre, sin el marco de una familia y sin comodidades ni regalos. « Ya comí mi pan negro”, así lo pone Michel (una expresión común en Francia) para explicarnos que ya sufrió lo que debía sufrir. “¡Ahora soy libre y estoy muy bien así!”. Después de los 21 años comenzó su nueva vida pero aún le quedaba sufrir un poco más: por amor, claro… Fue una mujer (“claro”, dice Andrés), con la cual vivió durante 6 años, que lo engañó y lo alejó para siempre del resto de las mujeres del mundo. Sin embargo, a pesar de aquel desengaño, hoy siente la necesidad de una compañera. Porque además de la inevitable necesidad de amor, si le pasa algo a él, ¿con quien viviría su querida perra Elie?

Atravesamos una parte de Francia, gustamos de la diversidad de los paisajes y de las historias, de los pueblos y de los árboles. A cada día nos encontrábamos con castillos e imaginábamos las comodidades de su interior, con frutales y platos de embutidos (muy abundantes por toda Francia). Pero cuando tuvimos la suerte de pasar por algunos de ellos comprobamos lo contrario: casas muy bellas pero muy pesadas de mantener, con sus propietarios luchando con los gastos y contando (extrañamente) cada centavo. En cuanto a nosotros, teníamos nuestro propio castillo a cuesta que debíamos empujar a fuerza de pedal por las duras e innumerables cuestas. Y mientras tanto, en cada encuentro (ya no de castillos), escuchábamos hablar del difícil trabajo en la agricultura, en la industria, en el comercio… La queja (la denuncia) es siempre la misma: más impuestos, más papeluchos y el litro de leche que la cooperativa paga 0,30 euros y de costo sale 0,35…

Périgord

Pasamos por Rochechouart, en la región de Limousin al sudoeste de Francia, de donde viene una rama de mi familia que se instalaría en Nueva Caledonia. La casa de familia era demasiado pequeña para los 13 niños que la ocupaban, y las 200 hectáreas de terreno no eran suficientes para alimentar tantas bocas. Fui al cementerio a rendir homenaje a mis antepasados, grandes viajeros, que antes de mí vieron el mundo, sus castillos y sus difíciles pendientes.


Texto: Clémence Egnell
Fotografías y Traducción al español: Andrés Fluxa

Église Neuvre d´Issac, Dordogne (suroeste de Francia)
17 de julio del 2015

A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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2 commentaires pour Des châteaux et des pentes

  1. Clémence et Andres , j´habite à Curitiba et je suis une amie de votre tante Anne-Marie qui m´a envoyer votre Blog . Comme j´aime voyager mais je n´ai plus l´âge pour des aventures comme la vôtre , je vais vous suivre dans ce périple à travers les continents .
    Je vous souhaite un Bon Voyage et de grandes aventures !!!
    Marise Athayde Cordeiro

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  2. sueli dit :

    bravo Clémence !. je suis amie de Anne Marie e j’adorai l’article. Sueli du Curitiba

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