En passant par la Croatie. Le Nord

Entrés en Croatie sous la pluie (préparez-vous, ce joli mot reviendra !), nous avons dû commencer par chercher un abri et ainsi nous avons trouvé un bar où des hommes attablés, fatigués, fumaient des cigarettes et buvaient des bières et regardaient tristement les camions passer et faire « sspploushhh ». Nous avons fait de notre mieux pour y rester un peu, espérant que la pluie passe. En vain. Nous voilà donc de nouveau sur la route, en quête d’un autre type d’abri pour la nuit, et dans cette entreprise, nous avons sué quelques gouttes de plus….
D’abord, un monsieur nous a dit  » oui, oui, mettez-vous sous le garage  » et puis il s’est volatilisé, enfermé chez lui, nous laissant nous débrouiller avec la pluie et le garage. Bon. Plus loin : un jeune garçon de 9 ou 10 ans nous a expliqué, dans un anglais incroyable qu’il a appris assis devant la télé, que dans son quartier cela allait être compliqué mais que nous trouverions surement près de l’usine… Finalement, des flaques d’eau plus tard et plus loin, Monika et Josip nous ont introduits chez eux sans même nous laisser le temps de le leur demander !

Le lendemain, il pleuvait toujours ; nous avons passé la journée à Zagreb avec nos nouveaux amis croates.

Quand on parle d’un pays comme s’il n’avait qu’une seule région – en l’occurrence pour la Croatie, la région toujours citée est la côte, la Dalmatie – il n’est pas simple de se faire une idée du reste, qui ne peut être ni vide ni nul ! Dans ces cas-là, la part de hasard, de « au pif » dans le tracé de l’itinéraire est considérable ! Et justement, nous ne voulions pas aller, pour le moment en tout cas, sur la belle et fameuse côté croate, mais plutôt traverser une région moins connue, plus quelqonque, plus agricole, plus pauvre aussi… et plus pluvieuse ? Pourquoi ? Pour essayer d’entrer dans un des deux poumons de la Croatie, pour se rapprocher des régions marquées par la guerre, des zones que les réfugiers orientaux traversent encore aujourd’hui et poursuivre notre modeste travail de collecteurs d’histoires et d’Histoire.

Nous avons tracé notre route vers la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, roulant la plupart du temps sous la pluie. Est-ce à cause de cette météo sans nom que nous gardons une impression de tristesse ?

Nous nous mettons aux langues locales, apprenant à nous présenter, à demander et à remercier… Oui, car l’anglais disparaît petit à petit ( alors qu’en Slovénie, nous le trouvions partout) mais nous découvrons que le croate ressemble drôlement au slovène, comme nous verrons plus tard, en intégrant du serbo-croate et du bosnien, que toutes ces langues balkaniques, quelque soit le nom qu’on leur donne, sont grosso modo les mêmes…

Nous continuons d’être accueillis chaque soir, au moins sous un garage, quelque fois dans un atelier, et plus rarement dans une chambre. Nous partageons ainsi de près ou de loin la vie de quelques familles croates, dont nous découvrons les habitudes, la nourriture, la musique, les visages et les voix…

Nous ne cessons d’observer la place sacrée de la télévision, présente dans quasiment chaque pièce, et toujours allumée. Le café turc, servi dans son marc, a fait son entrée dans les cuisines, signe de l’influence orientale. On nous propose du čaj (thé) très sucré, et dans les boulangeries, nous pouvons demander des pitas ou des bureks, pains ou feuilletés à la viande goutus et trempés d’huile. Sur les routes, nous côtoyons des tracteurs lents comme nous et des vélos encore plus lents que nous, des camions qui foncent et des voitures défoncées, parmi quelques Mercedes ou Audi qui vont trop vites pour êtres nommées. En somme, sous nos casquettes et sous la pluie, nous regardons une terre qui fut habitée et gouvernée par des voisins plus gros qu’elle et qui en partant, ont laissé leurs marques de fabrique.

Et chaque jour, la Croatie continue d’être percée en ses flancs par des centaines de réfugiers syriens, afghans, irakiens… Nous n’avons rien vu de ces mouvements, puisque la plupart traverse le pays en train ou en autocar. Cependant, plusieurs personnes nous en ont parlé, avec plus de compassion que d’inquiètude (comme en Slovénie) : « il faut leur trouver une place », « Nous avons aussi connu la guerre et les déplacements, nous savons ce qu’ils vivent, et espérons qu’ils seront accueillis et qu’ils seront aidés. » Mais comme nous qui quittons après une longue semaine ce pays, ces réfugiers ne font que traverser la Croatie, en proie à d’autres rêves…

Texte : Clémence Egnell
Photos : Andrés Fluxa

25 octobre 2015
Sarajevo, Bosnie-Herzégovine

 

A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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