Polako Montenegro

Si vous regardez bien nos photos, vous verrez qu’à l’avant du vélo d’Andrés, il y a deux sacoches latérales, une petite accrochée au guidon, un lapin en peluche, un trépied et, enfin, une tente dans un sac noir. Je vais donner un chiffre qui va faire hurler Andrés, parce que son vélo est assez lourd (environ 65 kg), que chaque kilo compte et qu’une de nos règles est de ne rien porter de superflu. Sur les 22 nuits passées au Monténégro, nous avons dormi seulement deux fois sous la tente !

Tout à commencé à Kotor, où notre passage a été très remarqué puisque nous y sommes restés dix jours et dix nuits, et qu’un jour sur deux, nous nous plantions devant la cathédrale avec nos vélos. Nous présentions nos photos aux touristes débarqués d’énormes bateaux de croisière, nous papotions et prenions des nouvelles du monde et de Paris (ainsi avons-nous appris les attentats du 13/11), nous échangions des anecdotes de voyage, racontions le nôtre, écoutions les leurs. Puisque nous étions là pour une raison professionnelle, nous nous offrions, pour nos nuits, le confort d’un hôtel… Puis, un jour de pluie, l’arrivée dans le port d’un gros bateau plein de Chinois avec qui les affaires ne marchèrent plus comme avant marqua le début de la fin de ces moments où l’agréable se mêlait à l’utile. De surcroît, ce même jour, la police nous chassa à deux reprises de notre poste de travail, terminant de nous décider à quitter la ville.

 

Il pleuvait toujours lorsque nous sommes repartis, mais nous n’avons rien voulu en savoir, trop contents de nous dérouiller les jambes. Nous avons certes bravé la pluie et les rafales de vent, mais nous ne nous sommes pas laissés abattre… Notre moyenne quotidienne de 25 km par jour trahie de nombreuses pauses au cours desquelles nous nous laissions remonter le moral à la mode des Balkans et… prédire l’avenir : oui, la femme aux cheveux rouges a lu dans le marc d’un café d’Andrés que mes parents (père et mère) pensaient beaucoup à moi. 

 

Après Podgorica, la capitale, nous avons commencé une forte ascension. Je me rappelle de longues heures au dessus de gorges superbes, le long de rivières turquoises, et… dans de trop nombreux tunnels non éclairés ! Plus loin et plus haut, le thermomètre que nous n’avions pas a commencé à devenir bleu : la température a chuté et nous avons continué d’oublier notre tente. Pas un soir sans une joyeuse compagnie – de familles ou de couples nous offrant la chaleur de leur toit. Ici encore, l’entrée en matière ne se passe pas sans un verre de rakija. Puis le fromage (sir) arrive sur la table. Il est domaché (fait maison). Débarquent les pommes de terre vapeur, le pain blanc (helb) et les poivrons (paprika) broyés ou entiers. Vous remarquerez comme notre vocabulaire s’est enrichi !

Ah, n’est notre mot préféré c’est polako – Polaaaaaako – ce qui veut dire « doucement, douuuuuceeeeent ». Nous l’employons pour demander si la route de demain sera plate (avec le signe de main correspondant), pour dire que l’on n’est pas pressés de repartir demain matin, qu’il n’y a pas le feu, ou que l’on commence à ne plus avoir trop faim. Nous l’entendons quand on nous conseille de ne pas boire trop vite notre verre de rakija, quand on nous annonce qu’il n’y a pas beaucoup d’eau chaude et qu’il faut attendre un peu ou quand on nous dit qu’il n’y a pas beaucoup de travail en ce moment…

 

Oh, je n’ai pas encore parlé de la neige ! Snièg. Dans les régions tempérées du Monténégro, nous en entendions parler comme du Gorille dans Tintin. Puis nous l’avons vue, et nous avons roulé dessus, lors d’une interminable montée et d’une descente glaciale. A partir de là, le matin, nous mettons deux paires de gants et de chaussettes, deux écharpes et deux capuches, un collant et quatre ou cinq couches de vêtements, en haut, et c’est parti, mais nous cherchons quand même un radiateur pour nous réchauffer et repartir les joues rouges. Et regeler de plus belle vingt minutes plus tard !

Sur les deux nuits sous tente (chator) maintenant : la première est sans intérêt et la deuxième s’est passée devant la maison de cet homme (ci-dessous) qui s’est très fièrement présenté comme « communista ». Dans sa cuisine, dans laquelle nous avons eu l’autorisation d’entrer 3 ou 4 heures après notre arrivée, et bien après notre propre dîner que nous avons fait et pris dehors dans un froid polaire, dans sa cuisine donc, pas si commune que ça, trônait le portrait de Tito et traînait la biographie illustrée de Che Guevara. Notre communiste a adoré Andrés – because Che Guevara – ce qui nous a valu d’être resservi plusieurs fois en rakija, mais n’a pas suffi pour nous donner l’accès à la salle de bain.

Le communiste et Che Guevara

 

J’écris ces lignes alors que nous sommes déjà au Kosovo. Le comble ! Au Monténégro, combien de fois avons-nous été déconseillés d’y mettre les pieds ! Les récits nous ont fait imaginer le Kosovo comme si c’était l’Enfer – ce qui évidemment n’est pas le cas. Mais ça, c’est pour une autre fois… En attendant, voici les dernières photos du Monténégro :

6 décembre 2015
Ferizaj, Kosovo

Texte : Clémence Egnell
Photos : Andrés Fluxa

A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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3 commentaires pour Polako Montenegro

  1. Petrit from Ferizaj dit :

    I hope you enjoy the Gullash in Ferizaj , I wish you guys safe journey , take care be safe

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  2. ruchet dit :

    Génial! C’est vrai que ça vous va bien, Polaaako…

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