Sans foi ni toi

Il faudra me croire, parce que sur ce que je vais raconter, il n’y a pas de photo.

A Yerevan, la capitale arménienne, nous avons retrouvé Marta et Coco, un couple de Basques espagnols rencontrés à Batumi, en Géorgie. Nous nous sommes proposés de rouler ensemble jusqu’à la frontière iranienne, de passer ensemble quelques cols, de suer ensemble sur les côtes, bref de partager un bout du chemin.

Quand on est quatre et qu’il fait trop mauvais (pluie, orage…) pour camper, comment fait-on ? On a deux options : dormir chez l’habitant ou voir du côté des églises. A Vayk, en voyant l’église flambant neuve, c’est ce que nous avons fait.

Coco et Andrés s’avancent et cherchent le prêtre, le repèrent facilement avec sa soutane noire et sa longue barbe grise, lui racontent en anglais notre histoire et lui font une demande provocatrice : y aurait-il un espace dans lequel nous pourrions passer la nuit ? Nous attendons la réponse, figés devant les bâtiments attenant à l’église : larges salles, réfectoire, cuisine communautaire, salles de réunion avec tables et chaises… De l’espace. Du vide.

Le prêtre en robe noire est dur à convaincre… mais enfin, il dit oui, et sonne le gardien pour qu’il nous amène à nos appartements. Derrière le bâtiment que nous lorgnions se cache une bâtisse tout de long construite et divisée en trois pièces, vides, et de taille égale. Pour nous, qui sommes quatre, ce sera une de ces pièces : 3 mètres sur 3. Une petite fenêtre. Et puis l’indication : ne pas toucher aux mûrs. Ah ? Pourquoi ? La peinture ne semble ni fraîche ni neuve. Bon. Des toilettes ? Ah non, ya pas.

Sous la pluie, nous déchargeons : nos sacoches au sol occupent déjà une grande partie de la pièce. Pendant que nous accommodons tout cela, l’eclésiastique vient vérifier que nous ne touchons pas les murs, qu’aucune sacoche ne touche un mur. Comme nous nous ne sommes pas parfaits, il n’est pas content, et s’en va rechignant.

Plus tard, nous croisons le gardien, et renouvellons notre question : des toilettes ? Il a l’air embêté… Il dit que non. Puis il s’approche, jette un coup d’œil dans son dos, nous regarde inquiet et en baissant la voix murmure : « chhhuuuut, d’accord, mais plus tard… ». Sous entendu, quand ‘il’ sera parti. Et plus tard, le gardien revient et nous ouvre la porte des toilettes. Ce qui nous intéresse, c’est un robinet pour remplir nos bouteilles, faire la vaisselle, se laver les mains, faire une toilette de chat. Mais non, c’est un cagibi plein de balais et de serpillières avec un trou à la turque au fond.

Nous passons une mauvaise nuit sans air et sans toucher les murs. Le lendemain, le gardien vient nous demander s’il peut fermer la porte des toilettes et c’est un oui oui que nous lui répondons.

Nous ne crachons ni dans la soupe ni sur les murs : nous avons été hébergés et nous avons échappé à la pluie. Mais. Un peu de déception, d’étonnement et d’incrédulité.

Ça m’a fait penser au jour où, au Monténégro, sous une pluie battante et un froid de gueux, nous avons demandé à une religieuse si nous pouvions camper sous l’auvent derrière l’église. Il s’agissait de camper. Il pleuvait. Elle a dit non. Un peu gênée, incapable de dire pourquoi. On ne va forcer personne à nous aider…

Quand à un prêtre on demande l’accueil pour une nuit de pluie et que pour laisser vides des dizaines de mètres carrés il nous donne un espace de 3x3mètres, que peut-on attendre de cette sorte de religieux ?

De quelle vocation s’agit-il ? Si la vocation religieuse vient de l’inspiration d’un grand amour, de l’envie d’aider et d’accueillir, de donner et de servir, alors je crois que ce prêtre ne l’a pas connue, mais que sa soutane est l’attribut d’un job qui lui permet de ne pas trop penser.

Meghri, Arménie (à 13 km de l’Iran)
14 avril 2016

Texte : Clem
Photos : Andrés

A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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