Visa pour une galère

« Non, votre passeport ne suffit pas à prouver que vous êtes française, revenez avec votre carte d’identité. »

C’est la réponse du Consulat de France à Bakou à ma demande d’une lettre attestant que je suis une touriste française. J’ai besoin de ce papier, sans lui le Consulat de la République Populaire de Chine ne considérera même pas ma demande de visa, sans lui je dois faire la demande en France et Andrés en Argentine. Très pratique…

Étonnée, mais voulant aider, j’ai dit d’accord, je reviens demain avec ma carte d’identité. Une heure plus tard, j’ai reçu ce mail : « Nous ne sommes pas en mesure de vous signer la lettre. Nous pouvons certifier que vous êtes bien une ressortissante française. En revanche, nous ne pouvons pas assurer que vous êtes touriste. »

Nous sommes sans une partie du monde où l’on mesure ce que « libre circulation des personnes » veut dire. Iran, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Chine : six visas à obtenir dans des consulats de pays voisins.

D’abord, il y eut le visa pour l’Iran. La grand affaire, c’est la Carte d’invitation. Une agence peut la procurer. A Batumi, en Géorgie, le Consulat iranien délivrait des visas sans demander de lettre. La belle aubaine ! Un matin, nous nous y présentons mais pour rien : c’est fermé, jour ferié en Iran. Le lendemain, les services reprennent : nous laissons nos papiers, un numéro de téléphone et nous partons pédaler en attendant que l’on nous appelle. Sept jours plus tard, coup de fil. Les visas sont prêts mais c’est vendredi, il faut revenir lundi matin. A l’ouverture lundi, nous revenons et laissons nos passeports sur lesquels l’agent doit coller les autocollants du visa. Mais cela prend un peu de temps, voyez-vous… ils seront prêts demain, mardi. Les visas en main, nous voyons qu’ils ne sont valides que pour 15 jours. Déception ! Mais qu’à cela ne tienne, nous demanderons une extension en Iran.

Iran. Le jour où nous voulons quitter Tabriz, nous nous rendons au service de police des étrangers, dont nous avons trouvé l’adresse non sans mal. C’est jeudi, c’est fermé, revenez samedi. Ah, mais justement, nous partons maintenant pour Urumiyeh, à 200 km. « Faîtes renouveler là-bas! ». Le policier appelle Urumiyeh, se fait confirmer l’info, nous rassure, et nous partons. Quelques jours plus tard, à Urumiyeh donc, nous vivons un des douze travaux d’Hercule. Un cache-cache urbain et kafkaïen : en tout, nous prenons une demie-douzaine de taxis et deux ou trois bus pour sonner à plus d’une dizaine de portes pour toujours se faire envoyer ailleurs. Finalement, nous tombons dans le bureau d’un policier en train d’acheter un appareil photo on-line. On le dérange, il va expédier notre cas ! Il nous dit : « Ici, on renouvelle pour sept jours max. » Nous insistons pour avoir quinze jours, min. « Faut voir. Dîtes-moi votre itinéraire ». Évidemment, nous n’en avons pas. Le téléphone est à la consigne (dans chaque bureau il faut passer le contrôle de sécurité et laisser quelques affaires à l’accueil, c’est tout un cirque). On l’envoie chercher, on consulte la carte et on lâche des noms de villes. Le type secoue la tête : « ça ne va pas, c’est trop près de la Turquie, vous ne pouvez pas aller là. » Je plonge le regard sur la carte : ça ne me paraît pas du tout trop près de la Turquie, mais il ne faut pas insister. Par contre nous lui demandons 15 jours et il répond : « Pas ici. Allez à Téhéran ou à Tabriz ». Donc, nous retournons à Tabriz. Le type ne parle pas anglais, personne ne parle anglais (à la « Foreign affairs » !). Nous passons un interrogatoire : le policier lit ses questions en anglais, avec une prononciation impossible (nous lui demandons d’ailleurs le papier pour y lire directement les questions) et nous sortons notre meilleur anglais, dans lequel il se noie. Il nous dit de payer aujourd’hui et de revenir demain.

Extension de 15 jours en poche, nous sommes prêts pour demander le visa pour l’Azerbaïdjan, qui n’est presque pas compliqué.

La suite, à Bakou.

  • Ouzbékistan. Demande : 30 jours. Pour moi, pas trop tordu, enfin la procédure habituelle. Mais Andrés doit présenter un itinéraire précis, jour par jour, ainsi que les réservations d’hôtel pour les 30 nuits du visa ! Impossible. Donc, nous n’irons pas voir Samarcand.

  • Kazakhstan. Demande : 60 jours. Premièrement, trouver le Consulat. Pas facile : il a déménagé,et dans son ancien quartier personne ne sait où il est. C’est finalement la maison de l’Indonésie qui nous renseigne. Nous y allons mais c’est fermé ! Nous sommes le 10 mai, hier c’était férié (Victory day) donc aujourd’hui le Kazakhstan ne travaille pas. A l’interphone on nous dit de revenir dans deux jours et au poste de sécurité on nous dit : « Tomorrow, open ».

    Nous y retournons le lendemain, on nous ouvre… Nous savions que j’aurai besoin d’un visa, mais pas Andrés, grâce à un curieux accord bilatéral entre l’Argentine et le Kazakhstan. L’employé nous dit l’inverse : France, OK. Argentine : visa avec lettre d’invitation!! Andrés, estomaqué, insiste lourdement pour qu’il vérifie l’information et le Kazakh : « Je vous envoie un mail plus tard. Revenez demain ». L’après-midi, le mail nous confie ces quatre mots : « France : visa ; Argentine : visa free ». Donc, le lendemain, nous revenons pour mon visa.

  • Kirghizistan. Demande : 30 jours avec possibilité de renouveler. Consulat introuvable, passons. Puis, le Consul déjeune. Attente. A son retour, c’est rapide, malgré d’immenses problèmes de compréhension… Andrés donne ses papiers, moi je n’ai pas besoin de visa. Quand Andrés est venu cherché son visa à l’heure du rendez-vous, l’autocollant n’était pas signé : l’Ambassadeur venait de sortir or c’est lui qui signe le visa. Revenez à 15h. A 15h, l’Ambassadeur n’est pas revenu de son déjeuner. Mais on l’aura quand même avant le soir !

  • Chine. Demande : ce que vous voulez bien nous donner, 30, 60 ou 90 jours. Évidemment, la première fois que l’on va au Consulat, c’est fermé. Ouverture : lundi et mercredi de 15h à 17h. Nous y retournons le lundi suivant : on nous dit de faire la demande dans nos pays, nous répondons que non. Ils réfléchissent et trouvent cette fameuse solution : que nos consulats certifient que nous sommes bien des touristes argentin et français. Il est 16h, mais nous courrons à nos consulats. En Argentine, pas de problème. En France… c’est fermé ! Lundi de Pentecôte ! J’y retourne mardi, et c’est là que j’apprends qu’il faut ma carte d’identité pour prouver que je suis française, puis que je ne suis peut-être pas touriste, on sait pas. A suivre !

    « Qui suis-je ? Où suis-je ? En vérité je serais bien incapable de le dire. » (ouverture de Nadja, d’André Breton).

Mercredi 18 mai 2016
Bakou, Azerbaïdjan

Texte : Clem
Photos : Andrés

Publicités

A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
Cet article, publié dans Sur la route, Voyage à vélo, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s