Visa pour une galère – Deuxième partie

Dans ce post, je donnerai des informations qui seront pratiques à ceux qui pensent entreprendre un jour la traversée de la mer Caspienne en bateau. Les autres se contenteront de détails sur la vie à bord après avoir senti quelques frissons en apprenant que l’Azerbaïdjan a voulu nous expédier en avion au Kazakhstan quatre heures avant le départ du bateau pour ce même Kazakhstan. Ils auront aussi – je l’annonce pour les laisser respirer – nos toutes premières impressions sur le Kazakhstan.

Pour aller en bateau de Bakou à Aktaou, au Kazakhstan, l’originalité est que les billets s’achètent seulement à Bakou mais que les bateaux partent d’Elat, à 70 km au sud de la capitale ; que les bateaux sont annoncés le matin-même de leur départ, entre 10h30 et 11h ; qu’on ne peut pas faire de réservation pour le lendemain ou surlendemain puisque les bateaux ne sont connus que quelques heures avant leur départ. Amina, l’unique dame du seul point de vente parle russe et azéri, ce qui lui permet de ne pas avoir à répondre à tous les cureiux qui demandent : « Mais pourquoi ? »

Avant d’aller plus loin, je dois sans doute une info. Une semaine après avoir déposé nos demandes de visas chinois (pour passer 70 jours en Chine), nous avons récupéré nos passeports avec les autocollants annonçant 70 jours ! ça, c’est une chouette nouvelle !

Nous avons passé 21 jours à Bakou et adoré ce séjour. Nous avons été très heureux dans un appartement prêté par la famille de Maksim et Diana, un couple russe rencontré en Grèce en décembre dernier. Par des rencontres orchestrées par le hasard, nous avons fait connaissance de quelques diplomates Argentins et d’autres habitants de Bakou et avons ainsi eu une vie sociale inespérée, en plus d’une vie de quartier attachante. Nous sommes devenus des clients habituels du Tea Club du coin qui nous passait Internet. Nous rêvions depuis longtemps d’être des habitués de quelque part. Nous étions reconnus par les commerçants des 3 rues qui constituaient notre rayon d’action et invités par les voisins de l’immeuble à prendre le thé en attendant que quelqu’un jette un oeil à la fuite d’eau. Tout cela nous a permis 1) de nous considérer chanceux malgré les galères bureaucratiques 2) de nous reposer des dures semaines passées en Iran (ceux qui suivent savent que c’est ironique) 3) d’accumuler de l’énergie et de regagner une forte envie de continuer le voyage.

Grâce aux sourires que nous avons fait à Amina, la vendeuse des billets nous a mis sur un bateau en seulement trois jours. Le soir-même du départ, notre ami argentin Lisandro nous a conduits au port d’Elat en automobile, nous évitant de faire 70 km contre un sacré vent de face. Puis, devant le poste douanier, ça a bloqué : « Problem ». Et ce seront de longues minutes à essayer de comprendre quel est ce problème. Les deux agents derrière leur vitre voient sur leu écran une grosse croix rouge à côté de mon nom, idem devant celui d’Andrés, indication que nous ne pouvons passer, mais ils ne savent pas nous expliquer pourquoi. D’abord, ils ne parlent pas anglais et nous ne parlons toujours ni russe ni azéri. Ensuite, ils nous avouent que eux-mêmes ne savent pas quel est le problème et comment le résoudre. C’est à nous d’enquêter. Résultat de l’affaire après une ronde théâtrale : nous comprenons que nous avons commis un délit en Azerbaïdjan, puis nous apprenons que c’est notre déclaration qui cloche.

En effet, nous devions nous déclarer officiellement dans les 10 jours suivants notre arrivée. Ce que nous avons fait par e-mail, une des trois manières possible de le faire, selon plusieurs sources. Nous avons reçu une réponse qui n’avait pas l’air d’être automatique. La réponse était en azéri et nous ne l’avons pas fait traduire, ce qui est notre faute. Le mail disait qu’il fallait envoyer un formulaire. Donc, ils n’ont pas reçu nos déclarations. Nous avons rompu une règle du pays et nous devons soit payer une amende soit être déportés dans nos pays d’origine. Nous montrons notre bonne volonté parce que nous voulons absolument prendre le bateau cette nuit : nous sommes prêts à payer, mais nous apprenons que ce ne sera possible que dans trois jours, quand le bureau central sera ouvert. L’astuce se trouve dans l’aéroport de Bakou où les services migratoires fonctionnent 24h/24.

Lisandro-notre-sauveur nous a embarqués dans son Explorer et sous la lune nous sommes partis à l’aéroport. Là, nous obtenons la faveur d’être déportés au Kazakhstan. Ayant déjà nos billets pour le bateau qui doit partir 2 heures plus tard, 100 km plus loin, nous demandons si nous pouvons le prendre pour nous « déporter » au Kazakhstan. Question de vocabulaire… Mais après des minutes d’attente et de jambes tremblotantes, la réponse fait l’effet d’un verre d’eau jeté au visage :  « Non. On vous déporte par avion. » C’est incompréhensible : nous voulons quitter le pays et eux veulent la même chose que nous. Finalement, nous payons une amende de 200 € chacun et, toujours accompagnés de Lisandro, nous repartons à Elat et après une heure de paperasses à la douane, nous embarquons.

Trente heures plus tard, nous débarquons en Asie :

– L’air est très très très très chaud – mais tout en affolant son éventail la bibliotéquaire à la robe à fleurs nous a dit qu’en été le thermomètre peut indiquer 60°, donc nous considérons qu’il fait encore frais et ça nous console un peu. En russe, vacances d’été se prononce « canicule » !

– Pour une fois, nous sommes contents qu’il y ait du vent. Il y en a même pas mal. Enfin, nous verrons ça de plus près en roulant.

– Les Kazakhs ont un air de Chinois ou de Mongols. Mais pas tous, certains ont les traits russes.

– C’est très propre. Sur la plage, il n’y a même pas de sacs plastiques émergeant du sable.

– Quand nous roulons, nous sommes auréolés d’un concert de klaxons.

Sur cette même plage où nous avons campé avec un couple d’Anglais rencontrés à bord, nous avons enfilé nos maillots pour nous rafraîchir dans la Caspienne. Il nous a fallu éviter les tâches noires de pétrole et le soir venu, faire notre vaisselle prudemment.

A propos d’à bord, nous vous montrons quelques photos de Davit, un conducteur de train géorgien qui fait le grand tour Géorgie – Azerbaïdjan – Kazakhstan – Russie – Géorgie en trente jours et qui nous a invités dans son wagon-maison. A côté de la salle des machines du 22° siècle, il y a sa chambre, enfin, un lit dans le couloir, puis, sur toute la largeur la cuisine et au fond un autre lit. Des rideaux aux fenêtres. Des vieux journeaux et des théières, mais ce n’est pas l’heure du thé. Davit nous fait goûter sa chacha locale, le vin de ses vignes et le « sneaker » géorgien (un saucisson sucré fait de fruits séchés et de noix). Nous n’arrêtons pas de trinquer. Je m’appelle de nouveau Veronika. Nous pêchons dans nos souvenirs le mot « madlova », merci en géorgien et lui racontons le col de Goderdzi sous la neige. Il nous fait visiter une seconde fois ses appartements, oubliant que nous avons déjà fait le tour en arrivant. Tout est à sa place, comme dans un voilier, mais nous sommes dans la locomotive d’un train géorgien à bord d’un paquebot azéri d’origine croate.

Aktaou, Kazakhstan
31 mai 2016

Texte : Clem
Photos : Andrés

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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