Des cravaches au Kirghizistan

Qui a encore, chez soi, une cravache qui traine sur un bord de table, déposée près de la porte d’entrée ou accrochée à un clou ? Combien diront « et bien figure-toi que moi, j’en ai une ! » ? Je pose la question parce qu’au Kirghizistan, ça ne manque jamais : dès que l’on rentre dans une yourte ou dans une maison, il y a nécessairement une cravache quelque part. Alors, c’est comme un jeu : «  Où est la cravache ? », «  Tiens, tiens, où l’ont-ils mise ? », « Celui qui voit une cravache en premier a gagné ! »

Qui dit cravache dit cheval. Et, par suite logique, qui dit cravaches dit chevaux. Je ne pousse pas plus loin les associations de mots, j’arrête là le suspense : au Kirghizistan, ce sont les chevaux !

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Sur les rives du lac Son-Kul ; les enfants commencent à monter très jeunes

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Son-Kul ; chevaux et ânes pour tous les usages. Au milieu : âne chargé de grands sauts d’eau

 

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C’est d’abord en allant chercher Damián – que vous avez déjà vu dans … – que nous remarquons leur nombre, leur beauté et leur rôle. Mais ce n’est pas encore le moment de leur entrée en scène… Avant d’en parler, je ne résiste pas à la tentation de raconter un improbable hasard.

Un mardi, précidement le mardi 12 juillet, nous venons de retrouver notre ami argentin dans un village appelé Susamyr ; nous nous serrons dans les bras, demandant « che, ¿cómo andas? », y répondant par la même question ; nous ne savons rien dire d’autre que « che, c’est fou de se retrouver ici ! » ; nous sommes depuis dix minutes en route à la recherche dun lieu de bivouac… et soudain nous distinguons au loin deux silouettes rares mais familières : deux cyclistes ! On s’approche, ce n’est pas vrai ! Patricia et Oscar, deux autres Argentins ! Nous, nous ne les connaissons que de noms. Nos amis basques Marta et Koko (avec qui nous avons voyagé en Arménie) nous en parlaient tous le sjours. Damián non plus ne les connait pas personnellement, mais cela fait quatre ou cinq ans qu’ils se suivent mutuellement, chacun au courant des pérégrinations de l’autre, s’informant des routes et des cols, se donnant des nouvelles et s’offrant des conseils. Et voilà que sur une route kirghize, poussièreuse et désertée, nous nous croisons ! Nous célébrons cela avec une longue tournée de maté (quand cinq Argentins sont réunis, que voulez-vous d’autre ?) et une conversation qui dure jusqu’à ce que les étoiles tapissent le ciel, s’immobilisent un moment, jusquà ce qu’une couche laiteuse de nuages finissent par nous pleurer dessus. C’est alors le moment de se dire bonne nuit : nous continuerons au petit-dèjeuner l’histoire d’Oscar qui transporte son violoncelle sur un chargiot accroché à son vélo.

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De droite à gauche : Oscar, Damian, Andrés, Patricia, Clémence

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Bivouac : 5 Argentins, 3 tentes et 1 Française

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Damian, Andrés et Clem devant la statue de Lénine

Quelques jours après le départ de Damián sont arrivées à Bichkek ma sœur Noémi et notre amie Esther, venues passer dix jours avec nous, et avec nous seulement. Entendez-là : sans nos vélos. Occasion de faire un tour à un autre rythme : celui de la marche à pied, du stop et des transports collectifs.

L’aubaine, au Kirghizistan, c’est que le payé est doté d’un réseau d’accueil touristique (appelé CBT pour Community Based Tourism), qui permet de trouver des « yourtes d’hôte » exactement là où nous aurions planté la tente si nous en avions une. Et nous avons fait cela : passer d’un lac à une montagne, d’une montagne à un canyon ; d’une yourte à une autre.

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Notre campement, au bord du Son-Kul

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Caravanserail de Kash-Rabat, du temps où la Route de la Soie voyait passer sur ses chemins de vraies caravanes.

La scène se passe sur les rives du lac Son-Kul, que je ne décris pas parce que vous regarderez les photos d’Andrés. Nous nous proposons d’approcher de plus près ces beaux chevaux qui sont partout et qui ont l’air gentils. Mais Noémi et moi, la première fois, tombons sur des boulets : ils ne font que broutter, et on aurait dit des mules parce qu’ils ne réagissent pas tellement quand nous leur disons : « Allez, maintenant il faut y aller ! », ordre assez clair, accompagné comme il se doit de petits coups de baskets. Le problème je pense, c’est que nous n’avons pas de cravache. Andrés, lui, est tombé sur une brute qui, à peine chevauchée, part aussi vite qu’une mouche ! Je me retourne, il n’est plus là : il est déjà loin, presque en l’air, flottant – en tout cas bien secoué ! Non, de nous quatre, cavaliers d’un jour, c’est Esther la championne : elle galoppe !

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À propos de galop, nous vous promettons de vous montrer dans quelques jours les photos du bouzkachi auquel nous avons assisté, et de vous en parler un peu parce que c’est pas banal et ça vaut la peine (allez voir sur Internet ou dans Les Cavaliers, de Joseph Kessel, ce qu’est ce jeu pour vous mettre l’eau à la bouche).

Que dire d’autre sinon que Esther, Noémi et moi avons, dix jours durant, illustré l’expression « être bavarde comme une pie », offrant à Andrés un bain permanant de langue française immagée, pleine de références à nos films cultes (Les trois frères et Les visiteurs), et peut-être un peu trop rapide pour qu’il suive bien le fil – peut-être un peu dur à suivre anyway .

Les filles sont reparties ce matin, remportant leurs sourires mais laissant pleins de souvenirs. Andrés et moi, nous partons cet après-midi vers le Kazakhstan pour quelques jours seulement, le temps de se diriger vers la frontière chinoise. Un autre monde – encore un, quelle chance ! – est devant nous : nous avons hâte de nous y perdre un peu.

3 août 2016
Bichkek, Kirghizistan

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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