Texte à quatre mains sur cette « Pauvre et douce Corée »

On dirait que j’ai trouvé là un nouveau genre ! Les posts veille de départ, dernier jour à. Rappelez-vous la dernière fois que vous avez eu de nos nouvelles : nous étions à Qingdao, c’était le dernier jour en Chine, le lendemain, nous partions pour Séoul. Je ne vous mens pas, nous sommes à Séoul et demain nous partons pour la Corée. Donc, dernier jour à Séoul. Je vous dois – il n’y a là aucun suspense – un petit mot.

Oui, mais ça m’intimide un peu de parler de Séoul alors que nous n’y avons passé que deux semaines. J’invite à écrire avec moi un auteur qui a mieux connu cette ville : Georges Ducrocq. Disons d’emblée que Georges a connu la Corée à une toute autre époque. Il est parti de Paris le 3 juillet 1901 et après un long long voyage par mer et sur terre, comme nous, il a mis les deux pieds sur terre : en Corée.

Voici comment commence son récit appelé Pauvre et douce Corée, un titre qui me fait regretter de n’être pas arrivée en 1901, parce que Séoul me semble maintenant ni pauvre ni douce.

Vue du parc Nam-San

« Celui qui arrive à Séoul par la colline du Nam-San aperçoit, entre les arbres, un grand village aux toits de chaume. Il a d’abord peine à croire que ces cabanes enfumées soient la capitale de la Corée ». Nous, justement, nous habitons près du parc Namsan. Nous le voyons de nos fenêtres : une belle colline toute verte surmontée d’une tour électrique, Seoul tower. Nul toit de chaume en vue… En revanche, il est vrai, des coins à l’allure de village, avec des maisons à un ou deux étages, à l’occidentale, des ruelles étroites, des pentes bien raides et des escaliers qui nous empêchent d’y aller à vélo. Ces quartiers au cœur de Séoul étonnent par rapport à ce que Georges ne peut pas encore décrire : les grattes-ciels, les ponts à 4 voies de chaque côté, la circulation d’enfer, le grave ronronnement des moteurs, la croissance verticale de la ville. Nous, ça nous change des rases campagnes chinoises ! Et c’est peu dire : nous sommes installés chez un de mes cousins français, François. Son appartement, au 17° étage d’un immeuble sans vis-à-vis, nous offre un horizon saturé de tours et de routes.

Georges Ducrocq dit de la maison coréenne qu’elle « est d’abord une œuvre de charpente. […] Les toitures ordinaires sont en pailles. Les ambitieux rêvent à une toiture en faïence bleue, à la chinoise, mais c’est un luxe de grand seigneur et la plupart des Coréens se contentent du paillasson. » Une maison en bois… Il en reste quelques unes à Séoul et nous avons passé une soirée dans l’une d’elles, invités par un couple d’amis de François pour un barbecue. Nous y avons fait la connaissance de plusieurs expatriés, la plupart professeurs d’anglais. Une jeune Coréenne nous a fait parler de notre voyage, après nous avoir dit qu’elle rêvait d’aller à Cuba pour danser et embrasser de beaux garçons. Les questions qu’elle nous posait illustraient bien ce qu’elle pensait de notre aventure : « Mais, heu, vous faites comment ? Vous n’êtes pas angoissés ? Je veux dire : mais vous n’avez rien ! Vous n’avez pas de maison, vous n’avez pas de travail ! Vous n’avez pas envie de rentrer chez vous, heu, dans vos pays ? » Et encore : « Mais, vous n’avez pas peur d’être, heu, en décallage par rapport aux couples de votre âge ? » Elle était très inquiète, elle ouvrait de grands yeux. Elle a continué à s’étonner comme ça encore quelques minutes, puis elle est revenue à ses Cubains.

Rue Insadong, entre les passants,, une femme pratique le *** (j’ai oublié le nom)

« Les habits des Coréens ne sont pas pratiques […]. Pour se préserver de la boue ils ont de hautes semelles et des patins de bois qui les obligent à marcher d’un pas de procession. » Disons tout de suite que les hautes semelles sont toujours portées, mais vous imaginez bien que maintenant ce sont des tallons hauts ou aiguilles ou des baskets avec semelles compensées comme celles des Spice Girls. Aussi, il n’y a plus trop de boue dans Séoul. Au contraire, la ville est impécable ! « Leurs femmes s’embarrassent dans de vraies crinolines, leurs jupes remontent jusque sous les bras et leurs gilets couvrent à peine leurs épaules. » Observez bien sur les photos d’Andrés ces demoiselles en hanbok, le vêtement traditionnel qu’elles sortent de leur penderie ou louent à l’heure pour des promenades en couple ou entre copines et des dizaines de poses – en général assez nunuches – devant leur Samsung). « Mais ce costume oblige à marcher posément, il est d’accord avec le train de la vie, jamais pressée, il a de la couleur, il fait de l’effet et les Coréens n’y renonceront qu’à contrecœur parce que dans leur pauvreté ils aiment le blanc, la joie des yeux, et que leurs femmes seraient bien inoccupées si elles n’avaient à soigner jour et nuit leur vestiaire. Les femmes travaillent pour que leurs maris resplendissent et ainsi, pensent les Coréens, la vie est bien faite. » Je vous vois, messieurs, jeter un coup d’œil derrière vous, vérifier si vous êtes seuls et dire tout bas quand même : « Oh la belle époque ! »

Sans nul doute, tels ne sont plus la mode ni le cas. Certes, la plupart des habitants de Séoul s’habillent de façon fort élégante, mais maintenant, les femmes travaillent pour leur carrière, leur prestige et pour s’acheter des vêtements de marque et le Samsung Galaxy Note 7). Il me resterait bien des choses à dire sur Séoul, finalement. Mais laissons-là la nostalgie du bon vieux temps où la vie n’était « jamais pressée » et regardons les photos d’Andrés : Séoul, octobre 2016.

Je peux déjà vous annoncer que nous avons nos billets pour le Japon : départ le 20 novembre du port de Busan. Donc, si ça continue comme ça, le 18 novembre vous aurez de la lecture.

Séoul, Corée du Sud
Le 19 octobre 2016

Texte : Georges Ducrocq (Pauvre et douce Corée, Zulma, 1993) et Clémence Egnell
Photos : Andrés Fluxa

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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Un commentaire pour Texte à quatre mains sur cette « Pauvre et douce Corée »

  1. Voilà, j’ai envie d’aller à Séoul maintenant… J’habite à côté en plus et ton article et tes belles photos ont fini par me convaincre…

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