Le croissant aux amandes de Guillaume

Je n‘ai pas raconté la première émotion que j’ai eue en Corée parce que ce n’était pas typiquement typique et dans mes deux premiers articles, je me suis concentrée sur la Corée. Mais cette première émotion a donné naissance à une rencontre et cette rencontre a mené à une belle conversation. Et, elle, inutile et fragile, a laissé en moi une impression de douceur, une envie de choses simples mais bonnes. Je voulais vous raconter cela.

Le premier matin à Séoul, sur la table de la cuisine il y avait trois croissants aux amandes.

C‘est un simple croissant aux amandes qui m’a fait chavirer. Je passe sur le goût, l’odeur, le moelleux, la couleur ; il était super bon. François mon cousin m’informe : boulangerie française à 200 mètres de chez nous. Guillaume.

Le lendemain, j’y suis allée, décidée à voir Guillaume. Pas là. On m’a dit de revenir le lendemain et à l’heure indiquée, j’étais de nouveau dans sa boulangerie. Nous nous sommes présentés puis vus régulièrement. Plus tard, il nous a offert la terrasse de sa boulangerie pour vendre nos documentaires. Et enfin, au dernier moment, juste avant que je ne quitte pour la deuxième fois Séoul – j’étais seule, sans Andrés – nous avons eu cette fameuse conversation à laquelle je repense maintenant, non pas à cause du contenu mais plutôt pour la confiance qu’elle contenait, l’écoute, la disponibilité et la générosité (n’est-ce pas un acte généreux de se confier, d’ouvrir ses portes, de mener la conversation sur un terrain plus personnel et ainsi plus profond, plus essentiel ?)

Je raconte ici quelques passages, pensant à ceux et celles que ça intéresse de connaître le parcours d’un boulanger français à Séoul. Mais je ne dirai rien, je le signale, des confidences offertes.

***

Devant, il y a une terrasse avec quelques tables et des pots de fleurs bordée par de grandes plantes. Le plancher est en bois noir. Entrons. Sur le côté gauche, en enfilade, il y a d’abord le rayon pâtisserie, puis la caisse avec une assiette de petites choses bien bonnes à déguster et enfin la grande vitrine derrière laquelle sont couchés les viennoiseries et les pains. De l’autre côté de la pièce est l’espace salon de thé. Ah, et on écoute de la musique française. Un peu partout dans la boutique, il y a des livres à lire sur place ou à acheter. Les produits sont parfaitement français : macarons, éclairs d’un côté. Pain aux noix, baguette tradition de l’autre. Et les viennoiseries, des valets entourant le roi des rois : le croissant aux amandes. L’ensemble est harmonieux, l’atmosphère reposée, on a envie d’y rester.

Clem devant la bonne boulangerie française : Guillaume

Si vous habitez en France, tout cela vous parait tout bête. « Ben quoi, du pain aux noix ? », « Oui, bon, un éclair au chocolat ! » Mais nous sommes à Séoul et voilà que nous revenons en France par la voie du palais grâce à un Français nommé Guillaume qui un beau jour a décidé d’arrêter de mettre sur des rails des bouts du métro de Séoul et a commencé à faire du pain et des gâteaux.

Il a commencé sa carrière dans une grande entreprise française qui l’a envoyé en 2002 en Corée pour travailler sur une ligne de métro. « Comment as-tu commencé ? Laisse-moi deviner : tu adorais la pâtisserie ?

– Même pas… Je ne suis pas un mordu. Mais je dois dire que j’adore le pain. »

J’aurais aimé entendre une histoire de rupture et de passion, de changement de vie pour suivre son cœur : abandonner la grande entreprise pour tendre la main à un rêve d’enfant. J’aurais aimé une histoire de gourmandise, de recettes de grand-mère et de visite de fée.

Mais revenons sur terre : on n’ouvre pas une boulangerie comme ça. À Séoul, quand Guillaume et son associé ont conçu le projet, il n’y avait pas de vraie boulangerie française. Il commençait à pousser par-ci, par-là des boutiques nommées Paris baguette, Paris croissant ou Tous les jours, qui n’ont de français que les noms. Il y avait donc un terrain libre, une affaire à faire.

À celui qui rêve de prendre son mug et sa souris rose fuchsia, à celui qui prépare sa révérence et rêve de la tirer à son patron, à celui qui rêve de créer sa boite, Guillaume conseille : « Si tu veux être entrepreneur, tu dois déjà connaître le domaine dans lequel tu vas te lancer. »

Quand il était employé, il voulait voir le résultat de son travail. Mais ça allait être long, il s’en est donc allé pour recommencer à zéro. « Du passé, certaines choses me manquent mais il n’y a pas de boulot idéal. Quand je repense à mes années d’ingénieur, je ressens de la nostalgie, mais dans le fond, je ne regrette rien parce que je suis bien ici. Pourquoi regretter quand on se sent bien là où on est ? »

Si Guillaume donne envie de quelque chose, ce n’est pas nécessairement d’ouvrir une boulangerie française à l’étranger – quoique cela soit tentant ! – mais plutôt d’oser partir de rien, risquer, changer et ne rien regretter.

Suncheon, 16 novembre 2016

 

A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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