Some gentle people there

If you’re going to San Francisco
Be sure to wear some flowers in your hair
If you’re going to San Francisco
You’re gonna meet some gentle people there

Il paraît que ce n’était pas une bonne idée de descendre à 16th Street Mission. « Eh bé, vous avez visé juste, vous ! » C’est de l’humour, mais je ne vois pas pourquoi. Pour moi, nous sommes arrivés en plein dans le mile. L’arrêt du train (du BART) qui est à l’angle de la 16° rue et de Mission Street est un repère de zonards au dessus duquel flotte une étonnante odeur de cannabis, alors on pourrait avoir envie de quitter le quartier le plus vite possible, mais quand on arrive du Japon, on a plutôt envie de regarder les murals et les salons de coiffure mexicains, de suivre des yeux les mecs qui portent leur pantalon en dessous des genoux, de rentrer dans La Princesa Market – Productos de Central América y de México et de manger une mangue. Dans notre cas, c’était vite vu : nous devions rester quelques heures là, au cœur de ce carrefour multi-genre multi-colore, pour remonter nos vélos qui étaient toujours dans leurs boites. Quand l’avion de Shanghai (après le vol Tokyo-Shanghai) nous a déposés, nous et nos 100 kg de bagages, sur le sol américain, ce n’était pas la fin du voyage : il fallait remettre sur roues nos bicyclettes, une belle affaire puisque nous avions dévissé jusqu’à la dernière visse pour réduire au strict minimum nos montures. Mais d’ailleurs, j’ai bien aimé disséquer mon vélo, connaître la moindre de ses articulation. Je me suis dit que si j’avais fait ça au début du voyage, j’aurais pu faire beaucoup plus de réparations moi-même, au lieu d’en confier à Andrés le soin. Je conseille donc quiconque souhaite se lancer dans un long voyage à vélo, de démonter et remonter son vélo avant de partir, afin de le connaître comme sa poche.

Puis il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : nous avons plus parlé en dix jours qu’en sept mois en Chine, Corée et Japon !

D’abord avec Jean et Magnus, deux aficionados du vélos, qui nous ont hébergés chez eux. Jean développe une app qui vous permettra d’interroger à distance l’état de la gamelle de votre chat. A-t-il terminé son pâté ? Lui reste-t-il assez d’eau ? À quelle heure a-t-il dîné ? Tout ça sur votre téléphone, à consulter debout dans le tram ou assis à votre bureau.

Puis avec Maria et Alejandro, deux ingénieurs-programmeurs qui travaillent chez Google, dans la Silicon Valley voisine. Nous passons trois soirs avec eux. Nous bavons devant leurs conditions de travail (à cause des caféts et food trucks à volonté et des piscines, terrains de volley, de foot, de basket…) mais ce qui me surprend le plus après avoir écouté l’histoire de Maria, c’est de faire la connaissance de trois de ses amis qui ont presque EXACTEMENT la même trajectoire qu’elle. Je raconte celle de Maria ici, mais vous pouvez prendre ça comme un cas d’école. Elle est née en Ukraine à peu près au même moment que moi (là, ses copains sont nés un peu avant ou un peu après, en Biélorussie, Russie ou Azerbaïdjan) ; quand ça a été possible (= en 1991), ses parents n’ont pas attendu une minute de plus pour partir en Israël, et de là émigrer au Canada. Tous les deux sont informaticiens (les parents des copains ont également des professions appréciées par les pays qui encouragent l’immigration), ce qui a aidé pour l’obtention de papiers, mais ne leur a pas épargné la difficulté d’un nouveau départ sur une terre étrangère dont ils ne parlaient pas la langue. Maria est devenue informaticienne comme eux, elle a fait des stages dans le monde entier, elle parle 5 langues et elle n’arrête pas de dire que tout ce qui se passe chez Google est boring !

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Andrés, Maria, Alejandro et Clem dans Presidio Park (SFO)

Puis avec Mary et Brock et leur fils Jesse, non plus à San Francisco-même mais un peu au nord, dans le Marin county. C’est là que j’avais passé l’été 2000. C’est là que j’ai retrouvé de vieux amis et connaissances (17 ans !!!), notamment la professeur de français qui m’avait mise en relation avec deux familles américaines, chez qui j’avais passé deux étés. Elle m’a dit qu’après un de mes séjours en Californie, je lui avais écrit une lettre si formelle (et « mignonne ») qu’elle s’en était servi comme modèle pour ses élèves, qui devaient copier mon style ! Mary est une amie d’une amie et c’est avec elle que j’ai le plus profondément parlé. Tout a commencé quand, alors qu’elle avait prévu de nous emmener quelque part en voiture, je lui ai dit la veille de l’excursion que je préférais rester à la maison. Elle a trouvé ça sympa de ma part de lui dire ce dont j’avais envie, en vrai. Au lieu de la balade, Mary m’a montré ses art books, véritables journaux intimes au pinceau et son atelier où elle peint les vagues et la mer qu’elle voit quand elle surfe. J’avais envie de rester plus longtemps.

Je passe sur le séjour chez Cindy, une autre cycliste, et les retrouvailles avec Alex, un vieux copain de l’an 2000. Je passe sur tous les cyclistes qui sont venus nous parler quand nous roulions d’un endroit à un autre et les deux qui m’ont aidée à fixer quelques pièces sur mon vélo que je n’avais pas si bien remonté ! La Californie s’annonce bien sympathique ! Comme partout, on nous demande d’où nous venons et où nous allons. Dans les précédants pays, nous ne pouvions que répondre en deux mots (origine-destination) ; ici, la conversation devant un feu rouge ou sur un trottoir peut durer une demi-heure !

Nous avions ensuite rendez-vous à Sunnyvale chez mon cousin JB. Oh que c’est bien de se retrouver en famille ! Nous sommes allés déjeuner avec Maria et Alejandro chez Google et c’était boring mais en fin d’après-midi, JB n’a eu aucun mal à nous faire monter dans un petit avion pou r voler au dessus de San Francisco et de la côte pacifique et c’était magnifique. Et puis nous sommes enfin partis vers le sud. JB a roulé deux jours avec nous et après nous nous sommes retrouvés seuls et heureux.

Alors alors, vous voulez un paragraphe politique. Est-ce un sujet, ici ? Et bien oui. Un peu. Il n’y a pas beaucoup de débats. La Californie est un État libéral et tout le monde est à peu près d’accord sur le président. Il y a cependant des variantes : pour certains, c’est une marionnette, ce qui compte vraiment se passe dans l’ombre ; pour d’autres, il n’est pas si bête (« Comment veux-tu qu’un idiot devienne président ? ») mais beaucoup pensent le contraire… Même les Américains d’origine latino-américaine ne sont pas tous d’accord entre eux : certains chrétiens le soutiennent, décidés par une des questions de son programme, qui prévaut alors sur l’ensemble, comme celle de l’avortement ou du mur (ce sont les one-issue voters). Pas simple. Qui dirait le contraire ?

J’écris ces lignes de la « banlieue » ouest de Salinas, la ville de John Steinbeck. Lui, Arturo, est Mexicain, citoyen américain, elle, Cheryl, est Native American par son père et Tex-Mex par sa mère. Le mode de vie est mexicain (musique, nourriture, veladora triple acción a San Judas Tadeo contra chismes y calumnias (bougie triple action pour demander à St Judas protection contre les ragots et calomnies), images et statues de saints, etc) et la famille est répartie des deux côtés de la frontière. Ceux du nord aident ceux du sud à obtenir des papiers pour venir et font construire une maison au Mexique où ils rêvent de passer leurs vieux jours… Arturo part à 5h et revient à 19h, travaille 7 jours sur 7 depuis plus de 40 ans, et il ne pense qu’à partir au Mexique et profiter de sa retraite, mais une dette le retient au travail. Un jour, il a eu une mauvaise infection qui lui a fait passer 3 trois jours à l’hôpital. Son assurance a pris en charge une partie, mais il lui a fallu payer 150 000 $ de sa poche. Il paye toujours la facture.

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Avec Cheryl devant sa maison

Je vous laisse avec des photos de tout ce petit monde dont je vous ai parlé. Nous filons au Starbucks du coin pour envoyer ces nouvelles – American way oblige.

Salinas, CA
7 mars 2017

Texte : Clem
Photos : Andrés et Clem

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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Un commentaire pour Some gentle people there

  1. raphael dit :

    Ça fait toujours autant plaisir de vous lire ! Grosses bises et bon séjour californien

    J'aime

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