Ah, sacré Ranger !

Ça faisait longtemps qu’on ne nous avait pas donné une bonne leçon ! Quand le Park Ranger nous a ordonné, à neuf heures et demie du soir, de lever le camp et que ça saute, je me suis demandé si en cette circonstance, il fallait aussi lever les mains en l’air. Je ne l’ai pas fait, mais je me suis posé une autre question : est-ce que ce Park ranger, diaboliquement beau et sacrément autoritaire, a appris son rôle en regardant des séries ou est-ce que toute personne ayant un peu de pouvoir serait tentée d’en abuser – et en abuserait ?

Vous vous demandez quel est le fin mot de l’histoire. Le voilà : si nous pensons que parce que nous sommes à vélo depuis longtemps, nous pouvons contourner les règles et bénéficier d’un traitement de faveur, nous avons tort. Cette mésaventure nous a rappelé que nous sommes trop habitués à être bien reçus par des personnes qui sont contentes que nous soyons là, qui apprécient notre compagnie, qui, de surcroît, insistent pour nous aider d’une façon ou d’une autre et que nous ne recevrions pas un tel accueil si nous n’étions pas à vélo. Ce soir là, dans Zion National Park, nous n’avons pas été très malins en plantant la tente sur une aire de pique-nique et non au camping du parc, parce que c’était plus beau et que nous étions au départ d’une rando que nous voulions faire le lendemain à l’aube. Il n’y avait pas de raison que nous puissions camper là alors que les autres visiteurs aimeraient aussi camper là, mais ne le font pas, parce que c’est interdit.

Nous avons démonté la tente, plié nos affaires et sommes repartis dans le noir sous les étoiles, éclairés par nos lampes torches que nous n’utilisons jamais quand nous roulons, parce que cela voudrait dire que nous roulons de nuit, à l’exception des tunnels mal éclairés (comme ceux du Monténégro qui sont carrément pas éclairés du tout). À un moment, Andrés me dit : « Clem, éteins ta lampe » et j’ai cru qu’il était fou, mais j’ai éteint ma lampe et j’ai très bien vu (« Les yeux s’habituent à l’obscurité », m’a répété ma mère toute mon enfance, au cours des balades digestives et nocturnes) et c’était superbe : nous descendions dans le lit du canyon, entre les rochers immenses, ocres, jaune pâle, bleu et gris. Pour ça, pour cette descente sous les étoiles, nous n’avons pas pesté contre le Ranger.

* * *

Ce que je voulais également raconter, c’est que j’ai découvert ici la relation entre l’immense et imposante église devant laquelle souvent je passais quand j’habitais à Fortaleza (Brésil) et que je prenais pour le siège d’une multinationale, dont la gigantesque inscription disait Igreja de Jesus Cristo dos Santos dos Últimos Dias et toutes les églises que l’on voit dans le moindre village de l’Utah et dont les membres s’appellent Mormons. Il s’agit de la même Church of Jesus Christ of the Latter-day Saints.

Pour mieux voir ce dont je parle, pourquoi n’iriez-vous pas voir sur Internet des photos du Temple de Saint George, dans l’Utah. Essayez de trouver des photos de la salle des mariages (Sealing room), de la salle des baptêmes, de celle des enseignements (Ordinance room) et de celle qui est « à l’image du Paradis » (Celestial room). Digne d’un palais d’émir. Nous n’avons pas pu entrer dans le Temple parce que l’entrée est reservée aux membres, mais nous avons reçu en cadeau notre premier Book of Mormon. Peut-être parce que nous n’en avons pas fait bon usage, le destin a mis sur notre chemin un deuxième Book of Mormon ! Un soir, nous avons trouvé devant notre tente, au retour d’une petite balade post-vélo pré-dîner, un exemplaire du livre et cette fois, nous l’avons lu – enfin, parcouru – parce que la dédicace disait : « Lisez ce livre. C’est la vérité. Nous avons souligné des passages pour vous. » Et donc nous l’avons parcouru, en pensant à l’homme du Temple de Saint George qui nous avait dit que ce qu’il y a dedans, contrairement à la Bible qui parle de temps anciens et révolus, ce ne sont que des sujets qui nous touchent, ici et maintenant. Mais je n’ai pas bien vu en quoi. Nous n’avons plus le livre sous la main, j’attends un troisième exemplaire pour approfondir le sujet…

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* * *

Après avoir mis en ligne les dernières nouvelles (nous étions à Salinas, en Californie), nous avons fait quelque chose que nous n’avions encore jamais fait : nous avons loué une voiture. Nous avons mis 48 heures pour arriver à Saint George, dans l’Utah, en passant par la Vallée de la Mort, Las Vegas et le lac Mear. Après le bateau et le train (Kazakhstan, Chine), l’arrière de camions (Chine) et dernièrement l’avion, nous additionnons une autre infidélité à nos vélos. Mais pourquoi ??

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Notre nouveau mode de transport ?

Parce qu’en voiture on va plus vite ????

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Entrée dans l’Utah

En Californie, une grande partie de la belle route qui longe le Pacifique entre San Francisco et Los Angeles était fermée, nous poussant vers l’intérieur de l’État. Mais là, la route à travers le Parc national de Sequoia était également fermée pour l’hiver. Ça devenait vexant ! Pour aller à Las Vegas en passant par Death Valley que nous ne voulions pas rater, après avoir renoncé au Parc Yosemite, à la route du Pacifique et aux sequoias, il nous fallait faire un ridicule W (descendre vers le sud-est, remonter nord-est, redescendre sud-est et remonter) sur des routes trop longues et trop droites. Vous comprenez bien que la voiture s’impose ! Sans regrets… Nous avons passé 48 heures géniales, sans avoir à se préoccuper des réserves d’eau et de nourriture parce qu’en voiture, on n’est jamais loin du prochain supermarché, parce qu’en voiture, on n’a pas de subite fringale et qu’on ne boit pas comme des chameaux ; sans se préoccuper du poids des-dites réserves parce que cette fois, le poids des sacs n’affecte ni notre vitesse ni nos réserves d’énergie.

Tout était beau, tout était bien mais nous nous rendions compte que nous croquions à un fruit dangereux : le danger étant de trop s’habituer à ce confort et de le regretter une fois remontés sur nos vélos. Et nous nous trouvons maintenant, en plein sud de l’Utah, à pédaler à travers de superbes paysages, à passer de parc national (Zion) en parc national (Bryce canyon puis bientôt Arches), mais physiquement fatigués. Il m’arrive d’entendre Andrés dire à des Américains qui lui posent des questions qu’il a envie de jeter son vélo par dessus bord !

* * *

Certains seront surpris de ne pas lire « Andrés et moi nous sommes séparés pendant dix jours », parce qu’effectivement, le sujet était sur le tapis depuis plusieurs semaines. Déjà au Japon, j’avais annoncé à Andrés que quand nous serons en Californie, j’aimerais renouveler l’expérience déjà faite en Corée et au Japon. Nous avons acheté à San Francisco une nouvelle tente, l’ancienne devenant une trop vieille dame, et avoir deux tentes nous offrait la possibilité de partir chacun de son côté, chacun avec une tente. Mais les jours ont passé et nous avons continué de parler de séparation au futur – un futur lointain – puis peu à peu nous sommes passés au conditionnel. Et j’ai finalement reconnu que je n’avais plus envie d’être séparée d’Andrés. Mine de rien, nous nous entendons bien, nous rions et nous amusons beaucoup, entre autres, et c’est pas si mal de voyager comme ça. Alors j’ai laissé la vieille tente et mon envie d’être seule et nous avons continué de rouler ensemble. Et c’est bon d’être ensemble alors que nous aurions pu être séparés…

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Escalante, Utah
18 mars 2017

Texte : Clem
Photos : Andrés

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Matin – Death valley

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Les dunes – Death Valley

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Dunes

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Dunes

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Un photographe

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Vallée de la mort

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Vallée de la mort : Zabriskie point

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Vallée de la mort : Zabriskie point

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Vallée de la mort : Zabriskie point

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Lake Mear recreational Area

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Vers Zion National Park

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Vers Zion National Park

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Vers Zion National Park

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Vers Zion National Park

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Vers Zion National Park

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Camping dans le backyard de Jim et Carol

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Je vosu présente notre nouvelle tente

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Andrés les deux pieds dans l’eau

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Avec Jim et Carol

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Zion

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Zion

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Allan, fan d’avions miniatures

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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6 commentaires pour Ah, sacré Ranger !

  1. Amy Cousineau dit :

    I am happy to hear and to see in the photos that you two are together again. Utah is beautiful. Glad you are enjoying it.

    J'aime

  2. J’ai un super beau souvenir d’une balade de « nuit noire » au parc des Volcans à Hawai. Et des beaux rangers qui nous ont arrêté pour demander où étaient nos lampes pardi! Vos photos sont magnifiques, la voiture pourquoi pas! On vous a à l’oeil… Bisous!

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  3. Salut Clémence, et merci pour ce joli récit et ces superbes photos d’Andrés, je vous ai découverts grâce à Leslie et je l’en remercie, c’est un plaisir de vous suivre ! Oui, être en couple 24/24, en voyage, ça n’est pas toujours rose, alors j’imagine qu’avec la fatigue parfois et quelques mésaventures, ça pèse… nous, on est feignants, on voyage en van ;)… mais ça nous tenterait bien de voyager autrement… peut-être même à pieds, on n’y est pas encore, mais on y songe ! Bonne chance pour la suite du périple!!!Sabrina

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    • Merci Sabrina ! Leslie m’a parlé de toi, ça m’a fait plaisir de recevoir ton message. J’aimerais également faire un long voyage à pied, et pourquoi pas seule… Pendant qu’Andrés part « into the wild » faires des reportages photos. A suivre !

      Aimé par 1 personne

  4. Ping : Nominatioooon aux Liebster Awards Quésaco ? | Les bribes d'une vagabonde

  5. Jean-Louis dit :

    Vous avez bien de la chance… J’ai fait presque le même parcours, pas en voiture, pas en vélo mais en…moto. Peut-être le meilleur des deux mondes ? C’est vraiment magnifique par là: Zion et ses couleurs, Death Valley et son silence. Le Lac Mead au milieu du désert.. Je voudrais pouvoir vous rejoindre tout de suite mais on vous attend toujours en août de l’autre côté du pays !!!

    J'aime

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