Un road trip avec mam et tia

Deux semaines de pur bonheur : ça aurait pu être le titre de l’article. Mais il y en a eu d’autres – des semaines de PB – alors qu’un road trip avec ma mère et ma tante Elisabeth dans l’Ouest américain, avouez que ça mérite d’être un titre.

Elles sont arrivées à Denver, les sœurs Amiet, chargées de tout ce que je leur avais dit d’apporter : tente, sac de couchage, matelas auto-gonflant, oreiller gonflant, thermos japonais, thermos à thé, pas de nourriture, un short, un anorak, du savon bio pour si on se lave dans la rivière, du thé Pleine lune ou Marco Polo et un kilo de maté (entre autres).

Devant le Canyon de Chelly, Nation Navajo, Arizona

Andrés et moi avions envie de présenter Gregg – notre ami pasteur dont j’ai déjà parlé ici – à Henriette et Elisabeth, donc nous sommes retournés chez lui, à Dove Creek. Cette fois, nous avons partagé l’hospitalité de Gregg avec un couple de missionnaires (pour l’Assemblée de Dieu). Mike et Sonia viennent de renter du Venezuela, qu’ils ont dû quitter à cause des troubles qui secouent le pays depuis plus d’un an et de l’insécurité croissance, en particulier pour les Étasuniens. Ils profitent de leur retour forcé pour lever des fonds au profit de leur Église qui leur versera de quoi mener à bien leur future mission dans l’Amazonie péruvienne. Là, ils s’occuperont en premier lieu de former des Péruviens à l’évangélisation, car ils ne veulent pas apporter directement aux impies les paroles qu’ils enseigneront.

Sonia nous a raconté sa rencontre avec Mike, quand ils étaient tous deux militaires en Corée du Sud en précisant qu’à l’époque, ils n’étaient pas chrétiens. À leur retour aux États-Unis, Sonia a suivi des cours dans une fac de droit « very liberal » : les droits des homosexuels étaient défendus avec verve, et tout à l’avenant… Insupportable. Ces manières l’ont vraiment ennervée, une porte innocente l’a bien compris le jour où Sonia a lâché sa colère dessus (il faut mieux s’exciter sur une porte que sur un couple homo). Elle avait besoin d’une Église, et elle a appelé la sœur de Mike qui venait de passer de la catholique à l’Assemblée de Dieu. Elles sont allées ensemble à l’église et voilà, Sonia s’est sentie mieux, écoutée et soulagée. Elle y a entraîné Mike, qui est devenu pasteur en quelques mois.

Quand la conversation a glissé sur les Catholiques aux États-Unis, un d’entre nous a employé à tord le mot anglais liberal (pour signifier ouvert) à propos du Pape François. La phrase sonnait à peu près comme ça : « We’re lucky with our Pope. He is very liberal. » Et là, Gregg, Mike et Sonia nous ont regardés, incrédules. Quelques minutes plus tôt, Sonia venait de dire que sa fac (very liberal) l’avait rendue littéralement malade ! Ah, chers faux-amis… vous ne nous facilitez pas les relations ! Après cette bourde, nous ne nous sommes pas attardés autour de la table.

Groupe de Amishs – Grand Canyon

Puis nous avons repris le volant pour sillonner l’Arizona. Retour à Monument Valley ; découverte du Grand Canyon. Au retour de celui-ci, nous avons passés 4 jours dans la réserve Najavo. C’était le 7 mai… Vers midi, nous n’avons qu’une chose en tête : trouver une connexion Internet pour connaître le résultat des élections. Nous parvenons à nous connecter dans un Burger King : ouf, c’est Macron ! À côté de nous, d’autres Français commentent aussi, smart phones en main, le résultat. Je m’approche, tout sourire… et j’entends : « Et bien, ça ne donne pas envie de rentrer en France ! », « Ouais, je crois qu’on va rester aux États-Unis… »

L’arrêt suivant, c’est chez Mc Donald. Andrés et moi avons fini par céder aux supplications des sœurs Amiet de s’arrêter manger des Big Mac. Quand nous sommes arrivés dans le Mc Do de Tuba City, il était à peu près 22h en France, et sur les TV du restaurant, la chaîne CNN montrait des images du Louvre inondé de monde, des pyramides illuminées, ce qui a ému Elisabeth jusqu’ aux larmes. Les clients nous regardaient, nous et nos nez en l’air fixés sur l’écran, et se mettaient à leur tour à regarder la télé, se demandant ce qu’il y avait de si important. « Ah, les élections en France. » Et ils retournaient à leurs frittes.

Homme Navajo – Mc Do de Tuba City

Ado passionné par CNN

Nous avons découvert une perle : le Canyon de Chelly (toujours chez les Navajo, en Arizona). Ce qui m’a plu, c’est qu’au fond du canyon vivent toujours des familles, raison pour laquelle les visiteurs ne sont pas invités à descendre. On contemple le canyon d’en haut et l’on voit la rivière bordée d’arbres, des champs cultivés, des maisons rondes et des pistes de sable. Nous avons dormi deux nuits sous la tente non loin, et lors d’une balade du soir, nous avons vu des enfants rentrer des vaches. Ils parlaient navajo. Cette scène aurait pu se passer en Colombie ou ailleurs en Amérique latine.

Un des sujets de conversation qui revient souvent dans le Colorado, c’est le pot, le cannabis. Ici, c’est légal pour usages médicinal et récréatif depuis 2014. Nous avons tous les quatre envie de savoir à quoi ressemblent un « dispensaire » : nous poussons la porte de celui de Durango. À peine à l’intérieur, un type mega high nous demande nos cartes d’identité. Qui dit carte d’identité dit carte d’identité donc nous, les trois Françaises, nous lui tendons nos cartes d’identité. Il bloque, retourne les cartes dans tous les sens, nous demandant où est écrit le nom (prend-il  »nom » pour notre lieu de naissance ?) et finalement une de nous l’aide en lui tendant son passeport – plus simple. Puis nous passons à côté : ça ressemble à une pharmacie, avec des vitrines en verre, des murs blancs avec des posters et des étagères avec des étiquettes. Nous voulons acheter un joint, un simple joint mais nous découverons que nous avons à choisir entre de nombreux produits. Nous nous nous faisons expliquer les variations par un vendeur non perché. Il met notre produit dans un panier, le caissier regarde nos passeport ( les quatre !), nous payons 8 dollars pour notre pétard et nous sortons, contents d’être dehors.

A Central City, devant un dispensaire

En campant, nous rencontrons d’autres campeurs, comme Andrew, chef cuisto. Il nous raconte qu’il a essayé tout type de cuisine et que ce qui compte, ce n’est pas de servir des pâtes au pesto ou du ceviche, c’est de servir tout court. Il a pas mal cherché, Andrew, sa place, il a pas mal prié, aussi, et servir, nourrir, c’est la mission que Dieu lui a donnée.  (Notez comme on revient souvent à la religion dans ce pays, comme le sujet est décontracté).

« Vous fumez ? » Oui, justement, nous venons d’acheter un joint. Donc on y va… quelques minutes plus tard, je prends le bras d’Andrés : « Tu te sens comment ? Moi ça tourne pas mal. » Aïe aïe, je ne vois plus la ligne d’horizon, tout est brouillé devant moi. Ce qui me fait le plus peur c’est qu’Andrew me pose une question et que je doive y répondre, parce que je sens que je vais dire des bêtises, ou pas pouvoir parler, ou parler en tremblant. Je ne contrôle plus rien et ce n’est pas agréable du tout. Je m’accroche à Andrés et lui demande de me conduire à la tente. Je ne suis pas très sure de mon équilibre. Je me couche la tête dans une machine à laver.

La légalisation, c’est un fait. De plus en plus d’États passent la loi. Eh, ça rapporte gros : au Colorado, les taxes sur le cannabis ont permis de faire plus que tripler le budget de l’État ! Le problème est que ce n’est pas légal au niveau fédéral, ce qui empêche de profondes recherches sur les effets. L’information et/ou la communication de l’information manquent. J’ai feuilleté des prospectus, qui renseignent (sur les différents types de cannabis, les produits, les bienfaits, les lieux où consommer…), mais je n’ai trouvé nulle part des lignes sur tous les effets et sur les réactions non désirables (désagréables) comme celle que j’ai eue. Cela-dit, la diminution du marché noir, des produits de meilleure qualité, le cannabis bio, tout ça c’est très bien… Pour nous qui passons d’un État à un l’autre assez fréquemment, c’est étrange de se dire qu’avoir un joint dans sa poche est légal ici et peut nous envoyer en prison là-bas.

Voilà, ce furent deux semaines harmonieuses, sans nuages, que nous avons bouclées dans le chalet de Ben (dont j’ai également déjà parlé), un lieu idéal pour se dire au revoir en douceur. C’était si bien d’être en famille. La dernière fois que mam et moi nous sommes vues, c’était en Arménie il y a un plus d’un an, mais l’amour si fort qui nous unit nous a permis de se sentir bien cette année, même séparées. Quant à ma tante Elisabeth que j’appelle tia (« ah bon ? »), quelle joie d’être avec toi ! Je t’ai bien retrouvée – toi et tes cigares qu’elle fume debout, ou du moins un bouquin à la main ; toi et ton trio fétiche : kéfir, thé noir, pommes ; toi et ta culture surprenante (combien de fois me suis-je dit : mais elle connaît tout !). Et Andrés, qui parle mieux français que jamais s’est infiltré dans notre trio, et nous, les trois filles, nous n’avons pas fait bande à part car nous étions heureuses de former avec lui un si bon quatuor.

Matheson Hill (entre Simla et Limon), CO
19 mai 2017

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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