Du kéfir pour les amis

Je ne sais plus ce qui m’a amenée à vouloir ces grains. Mais une fois décidée à faire mes propres boissons, je me suis mise en quête de grains de kéfir de lait et de kéfir de fruits. J’ai cherché des recettes, consulté des forums, et sur un groupe Facebook, j’ai laissé une annonce.

Tout cela se passe chez ma mère au lendemain de Noël. A un moment, elle me dit que son téléphone fixe et sa télévision ne marchent pas – que c’est casse-pieds – et que la Livebox bug une semaine sur deux. Assez tard le soir, Andrés propose d’essayer de réparer tout cela. Finalement, comme il y a trop de câbles et de boîtiers branchés dans le salon et dans le couloir au fond de l’appartement, et que le décodeur, une fois l’initialisation terminée, fait défiler le message « Cette chaîne (TF1) n’est pas accessible », nous appelons l’assistance d’Orange, et je prends les rênes.

J’entre donc en contact avec une personne qui, 50 minutes durant, va me faire remonter le long de câbles et me conduire à des boîtiers et des Wifi-extenders, me mener de prise WAN en prise LAN, me faire débrancher ci pour mettre ça, me dire d’enfoncer une aiguille à coudre dans le trou RESET pendant 15 secondes, à plusieurs endroits et plusieurs moments. J’exécute les indications de la réparatrice, en passant de la satisfaction quand j’ai réussi un branchement ou quand je l’entends dire : « Parfait, maintenant, prenez le câble gris » et que je trouve le-dit câble gris, à l’angoisse quand elle me dit sur le ton d’une mère qui engueule sa fille qui fait des bêtises : « Madame Egnell, à quelle distance se trouve la Livebox du boîtier branché au secteur ? » (problème, il y a 3 boîtiers branchés !) ou bien : « Madame Egnell, s’il vous plaît, regardez derrière le décodeur. La prise WAN est-elle bien reliée par câble au boîtier de la Livebox ? ». Je ris nerveusement, j’ai peur de faire une bêtise… 

Quand, un soir de décembre, le téléphone fixe, la télévision et l’Internet marchèrent enfin sans pépin dans cet appartement des Hauts-de-Seine, après avoir dit merci à la dame et raccroché, je vis Andrés et ma mère bouche-bée, non pas parce que j’avais réussi un exploit, mais parce que j’avais dit « madame » au monsieur pendant toute la durée du sauvetage !

La connexion une fois revenue, je reçus le message d’une certaine Maryline qui me proposait de m’envoyer des grains de kéfir de fruits. Qui croira à ma joie ? Y reconnaîtra le bonheur de celui dont le cœur est touché par la beauté d’un don sans calcul ?

Je n’ai pas encore reçu mes grains, mais je suis sûre qu’ils vont arriver aujourd’hui ou demain. La remise en ordre des câbles Internet a trouvé là son sens : permettre à Maryline, habitante de l’Ardèche, de me faire don, à moi qui me trouve en Région parisienne, de grains de kéfir.

Si je tiens tant à boire du kéfir, c’est parce que cette boisson fermentée contient des tas de bonnes choses, comme des probiotiques, ce qui est parfait pour moi qui souffre, certes de moins en moins mais toujours encore un peu, de douleurs digestives.

On trouve facilement dans le commerce du kéfir en bouteille, mais il n’est pas d’aussi bonne qualité que celui que l’on fait soi-même, à partir de grains. Or, ceux-ci ne se vendent pas. Il faut trouver un donneur. Et ça fonctionne, on en trouve, c’est une chaîne. Moi, je suis certaine que quand mes grains se seront multipliés, j’en donnerai !

– Qui en veut ?

Coréennes voulant faire manger une pomme à Clémence

Dans l’histoire du Père Castor Les bons amis, un matin d’hiver, après une nuit de neige, un petit lapin gris part chercher de quoi manger. Il trouve deux carottes rouges « grosses comme ça ». Il en mange une, il n’a plus faim et porte l’autre à son ami le cheval, son voisin. Mais le cheval n’est pas là. Le lapin pose la carotte devant sa porte, et s’en va. Le cheval est parti chercher quelque chose à manger. Il trouve un gros navet blanc et violet, il le mange, et n’a plus faim. Quand il rentre chez lui, il voit la carotte. Il se dit que le mouton frisé doit avoir faim et n’a pas pu sortir à cause de la neige, et il la lui apporte. Le mouton n’est pas là. Le cheval pose la carotte et s’en va. Le mouton frisé est parti chercher quelque chose à manger. Il trouve un gros choux rouge, il le mange, et n’a plus faim. Quand il rentre chez lui, il trouve la carotte. Il se dit que le chevreuil a sûrement faim et il la lui apporte. Le chevreuil n’est pas là. Le mouton laisse la carotte et s’en va. Le chevreuil est parti chercher quelque chose à manger. Il trouve un bon choux rouge, il le mange, et n’a plus faim. Quand il rentre chez lui, il voit la carotte. « Une carotte ? Qui me l’a apportée ? Le petit lapin gris a sûrement faim » et il la lui apporte. Le lapin gris s’était endormi… Mais quand il se réveille, il trouve la carotte rouge.

« Et c’est ainsi que du lapin au cheval, du cheval au mouton, du mouton au chevreuil, du chevreuil au lapin…. La carotte a fait le tour des amis. Ah, les bons, les bons amis… »

Joey, Dew et Cain dans un restaurant à Liberty, Indiana

C’est une jolie histoire, elle a bercé mon enfance. Dans cette histoire, la carotte passe d’ami en ami. Dans la vraie vie, c’est un peu comme ça aussi, les amis se donnent des pommes en automne, des cerises au printemps, les œufs du poulailler, un bon livre une fois qu’il est lu, un coffret DVD une fois qu’il est vu, du reblochon fermier rapporté de la montagne, etc.

Et l’étranger ?

Parce que nous parlions de kéfir au début de cette histoire, et parce que, Andrés et moi, nous avons souvent été les étrangers, je repense à une rencontre que nous avons faite dans le Missouri, en juin dernier. Nous avions dormi sous la tente et le matin, il pleuvait. Nous voulions prendre le petit-déjeuner à l’abri : sonner à une porte et demander si nous pouvons nous asseoir sous le porche le temps d’avaler notre muesli et boire un thé. Nous avons sonné chez Karen, qui a évidemment hésité, avant d’accepter. Comme elle avait d’abord hésité, Andrés s’est discrètement assis dehors après l’avoir remerciée. Mais puisqu’elle nous proposait aussi d’entrer chez elle, je suis entrée. Je lui ai raconté les circonstances de notre présence dans son village, et elle m’a proposé du lait pour mes céréales. Je lui ai dit que je ne pouvais pas en boire, et elle a pensé au kéfir – un kéfir qu’elle a fait elle-même ! Elle était si fière, Karen, de son kéfir maison ! Elle avait l’air si heureuse de m’en donner un verre ! Maintenant, elle voulait qu’Andrés entre et en goûte à son tour…

Karen, comme tous ceux qui font eux-mêmes ce genre de boisson, a dû recevoir d’un donneur ses premiers grains de kéfir. Elle ne pouvait pas ne pas partager.

Japonaise dans sa cuisine avec deux étrangers

Paris, le 29 décembre 2017

Texte : Clem
Photos : Andrés

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A propos Clémence Egnell

Ce blog décrit, illustre et raconte des moments vécus sur ou à côté de nos vélos, sur les routes d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Bonne visite ! Clémence Egnell et Andrés Fluxa
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Un commentaire pour Du kéfir pour les amis

  1. Andrés Fluxa dit :

    Aventures de la vie sédentaire … Très bien!

    ________________________________

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